Éco-anxiété : Pourquoi j'ai fait une éco-dépression et mon plan d'action pour aller mieux

On est des millions à souffrir d'éco-anxiété... et parfois cela bascule en dépression. En 2019, j'ai fait une "éco-dépression" en découvrant les concepts d'effondrement. Voici comment ma santé mentale a sombré puis comment j'ai remonté la pente de mon éco-anxiété. SI vous faites de l'éco-anxiété, je vous envoie plein de force et espére que cela vous aidera dans votre quête de sens. Je m'appelle Pierre Chevelle et j'ai raconté cette histoire dans mon podcast écologique Soif de Sens.


Comprendre l'éco-anxiété : Du choc de l'effondrement à l'effritement

L'éco-dépression n'est pas un simple coup de blues, c'est une perte d'espoir brutale dans le futur. Pour moi, tout a basculé avec la lecture du Manuel de transition de Rob Hopkins. En quelques semaines, un filtre gris a recouvert ma vie. Plus rien ne m'apportait de joie et chaque geste du quotidien demandait un effort monumental.


Les 3 vagues de choc : Pourquoi le futur devient une source d'angoisse macro et micro

Comme je l'ai raconté dans cet article pour 20 Minutes sur l'éco-anxiété, mon basculement s'est fait en 3 étapes :

  • Le choc macro : Réaliser que notre civilisation s'effondre et qu'on détruit la vie sur Terre à vitesse grand V.

  • Le choc quotidien : Comprendre concrètement comment cela va affecter ma vie et celle de mes proches (se nourrir, se loger, se déplacer).

  • Le choc identitaire : Quel rôle je veux jouer et quelle est ma place dans ce nouveau contexte ?


Remplacer le mythe du crash brutal par un effritement progressif

L'une de mes peurs était celle d'un effondrement brutal et soudain. En creusant, j'ai réalisé que la réalité ressemblera davantage à un effritement : une dégradation progressive de nos conditions de vie et des services publics. C'est rapide à l'échelle de l'humanité, mais beaucoup moins à l'échelle d'une vie humaine. Accepter cette temporalité permet de sortir de la panique pour entrer dans l'adaptation.


Le coming out de l'effondrement : Briser l'isolement social


Voir le monde continuer comme avant crée une dissonance cognitive insupportable

Vivre avec cette lucidité crée un sentiment schizophrénique. D'un côté, tu vois le mur arriver, de l'autre, tu vois les gens marcher normalement dans la rue et aller au travail comme si de rien n'était.

Ce décalage est violent. On finit par se juger soi-même de continuer sa vie habituelle, ce qui ajoute une dose massive de culpabilité. Le monde n'a pas changé en dix jours, mais ta vision du monde a craqué parce qu'elle ne colle plus du tout avec les nouvelles informations dont tu disposes.


Parler de sa peur à ses proches : une étape nécessaire mais pas suffisante pour guérir

Pendant un an, j'ai fait mon coming out sur l'effondrement auprès de ma famille. J'avais peur d'être jugé, mais j'ai trouvé de la bienveillance et même des scénarios rassurants, comme l'idée d'habiter tous ensemble à la campagne. C’est une étape vitale pour ne plus porter ce poids. Mais attention : parler de sa douleur n'est pas le travail de guérison, c'est juste le début.



Mon protocole de 3 remèdes pour soigner l'éco-anxiété


L'action est un meilleur remède que la discussion

Partager ses peurs est plus facile que de les affronter. J'ai compris que rester bloqué dans la discussion sur l'effondrement peut auto-entretenir la déprime. Seule l'action permet d'avancer. Pour moi, cela a signifié ralentir le travail, mais aussi changer radicalement mes habitudes pour retrouver du sens professionnel. À long terme, l'inaction est un cercle vicieux.

Quand tu es au fond du trou, la priorité n'est plus de sauver le monde. À court terme, il faut d'abord sauver ta santé mentale pour retrouver de l'énergie.


Remettre le corps en mouvement pour recharger les batteries

J'ai appliqué une méthode simple pour limiter mon anxiété et ma dépression :

  • Couper le robinet d'infos anxiogènes : J'ai pris mes distances avec tout ce qui parlait d'effondrement (réseaux sociaux, lectures) pour protéger mon cerveau.

  • Sortir, sortir, sortir : Je me suis forcé à sortir, à faire du squash, à rejoindre une chorale et à prendre le vélo plutôt que le métro.

  • Demander de l'aide : J'ai consulté un médecin, un psy et même un magnétiseur. C'est essentiel. Selon votre situation, des anti-dépresseurs peuvent être pertinents.


Apprendre à vivre avec la fin d'un monde sans renoncer au bonheur

La guérison n'est pas linéaire. On a parfois l'impression de reculer alors qu'on progresse dans l'ombre. Par exemple, mon éco-anxiété s'est calmée grâce à un déclic avec Justin Bieber. Un matin, sous la douche, je me suis surpris à danser sur "I don't care" et à avoir un fou rire de ma propre image dans le miroir. Moi qui avait tellement de mal à être joyeux depuis des mois et qui broyais du noir H24. J'ai pleuré de joie en réalisant que mon cerveau avait de nouveau accès à l'enthousiasme. Car oui, on peut être lucide sur l'état du monde et rester plein de vie.


FAQ : 3 questions pour vivre son éco-anxiété


Est-ce que le temps est vraiment mon allié contre l'anxiété ?

Oui, car le temps permet l'adaptation psychologique nécessaire pour intégrer l'effondrement dans ta vision du monde sans qu'il ne te paralyse. Comme pour une rupture amoureuse, la douleur finit par passer et laisse place à une nouvelle forme d'engagement plus sereine.


Comment gérer la peur de faire des enfants dans ce contexte ?

Cette peur est légitime, mais l'envisager sous l'angle de l'amour plutôt que de la survie change tout. Est-ce que pour toi : même une vie plus courte ou complexe vaut la peine d'être vécue, si elle est remplie de tendresse ? La question n'est peut-être pas la durée du futur, mais la qualité du lien présent.


Pourquoi la culpabilité de ne pas en faire assez est un piège ?

Se rajouter du jugement personnel par-dessus l'anxiété climatique est contre-productif et épuise tes ressources mentales. Plus facile à dire qu'à faire évidemment. L'important est de rester en mouvement à ton rythme. C'est en prenant soin de toi que tu retrouveras l'énergie nécessaire pour agir concrètement pour le vivant.

Transcription du podcast Soif de Sens avec Pierre Chevelle sur l'éco-anxiété

Ce texte est une transcription du podcast Soif de Sens générée automatiquement par un logiciel. Des erreurs peuvent s'être glissées dans le texte.

Éco-anxiété et dépression écolo : sortir de l'isolement

Pierre Chevelle [00:00:04]:
Bienvenue dans Soif de sens, des histoires d'humains qui changent le monde. Aujourd'hui je vous raconte ma dépression écolo et mon histoire avec l'éco-anxiété, avec d'abord pourquoi je suis tombé en dépression pendant un an, puis comment j'ai remonté la pente. Parce qu'il y a des millions de personnes qui souffrent d'éco-anxiété, voire d'éco-dépression, et c'est bien compréhensible vu qu'on est en train de détruire la vie sur Terre. Peut-être que toi aussi le futur t'angoisse, alors j'espère que cet épisode te fera du bien et que tu te sentiras moins seul. Au départ, il s'agit de 2 vidéos YouTube que je vous ai mises bout à bout dans ce podcast bonus. Et voilà, c'est un épisode qui me tient beaucoup à cœur. On parle de santé mentale, en tout cas c'est certainement un des épisodes où je suis le plus vulnérable. Donc voilà, que vous soyez super heureux ou au fond du trou, eh ben je vous fais un gros câlin.
Bonne écoute, ciao!

Pierre Chevelle [00:01:00]:
J'ai beaucoup hésité à vous en parler, mais l'année dernière j'ai fait une dépression écolo, une éco-dépression, à cause de l'effondrement et de l'urgence climatique. J'ai envie de vous partager cette histoire parce qu'il y a des millions de personnes qui souffrent d'éco-anxiété voire d'éco-dépression. Je sais qu'il y en a parmi vous. Alors j'espère que ça vous aidera à vous sentir moins seul, à libérer la parole sur ce sujet dont on parle encore assez peu ou à mieux comprendre la situation s'il y a un de vos proches qui traverse ça en ce moment. Aujourd'hui, je vais vous raconter comment mon éco-dépression a commencé, comment ça a affecté mon quotidien et un peu les 3 vagues de choc à retardement que peut provoquer l'effondrement. Donc je lance une série de vidéos sur la quête de sens dans un monde qui s'effondre, sur l'éco-dépression, sur mon/notre addiction à l'effondrement, et ce qui m'a aidé à aller mieux et qui peut aussi t'aider à aller mieux. Si tu cherches des moyens d'agir face à l'éco-anxiété ou l'éco-dépression, ce sera pour les prochaines vidéos. Aujourd'hui, c'est la première vidéo de cette série et j'ai plus envie de me focaliser sur l'éco-dépression en soi.

Pierre Chevelle [00:02:12]:
Les moyens d'agir face à ça, ce sera pour les prochaines vidéos, OK? Alors je ne vais pas rappeler ce que c'est l'effondrement de notre civilisation, je t'en ai déjà parlé dans une playlist et dans cette vidéo que je te mets juste ici. Là, ça va plus être du partage d'expériences personnelles. Effectivement, j'ai beaucoup hésité à vous en parler, parce que la quête de sens, c'est un peu l'ADN de mes livres Changer le monde en 2 heures et de cette chaîne YouTube. Et en même temps, j'avais besoin de me protéger, je n'avais pas envie d'avoir une pression supplémentaire 2 mois plus tard: alors ça y est, ça va mieux? Bah non en fait. Et surtout j'avais pas encore quelque chose de constructif à vous apporter à l'époque. Moi je fais une vidéo que si je considère que j'ai vraiment quelque chose d'utile et de pédagogique à vous apporter quoi. Maintenant c'est le cas donc c'est le bon moment! Avant de commencer je voudrais parler du choix des mots. Il y a 50 degrés de dépression différents.

Pierre Chevelle [00:03:03]:
Je trouve que c'est un mot fourre-tout qu'on utilise à tout-va alors que les formes les plus graves sont une maladie très sérieuse. L'éco-dépression, ça peut aller des insomnies aux crises d'angoisse et de panique, à avoir des pensées suicidaires. Je n'en suis pas là, mais je ne prends pas ce mot à la légère non plus. Ce que j'essaie de dire, c'est que le but, ce n'est pas de faire un concours de qui va le plus mal. Non, le but, c'est d'inclure tout le monde, de s'adresser à tout le monde, de l'éco-anxiété la plus simple jusqu'à la dépression la plus aiguë qui touche beaucoup moins de monde. En tout cas, si tu te sens concerné, vraiment n'hésite pas à en parler à ton médecin ou aller voir un psy ou un psychiatre. Moi je suis pas expert de la santé mentale, donc c'est vraiment le premier truc à faire que je te conseille.

Les symptômes et l'élément déclencheur de l'éco-dépression

Alors quand est-ce que ça a commencé cette dépression? C'est dur parce que j'ai pas envie de faire une vidéo trop plombante, en même temps c'est un sujet grave, et en même temps je trouve ça important de savoir l'aborder avec légèreté.

Pierre Chevelle [00:03:56]:
Bref, excusez-moi si des fois mon intonation est un peu à côté. En gros, 2019, c'était la deuxième pire année de ma vie. La pire, c'était ma première dépression. Donc au moins, tu vois, c'était moins pire, quoi. Il y a du mieux, ça s'améliore. L'élément déclencheur, c'est un livre que m'a offert mon frérot à Noël: Manuel de transition de Rob Hopkins. Ça a l'air d'être un livre tout mignon sur la transition, la permaculture... Que dalle! Je t'en avais parlé, je t'avais fait un résumé que je te mets juste ici si tu veux le voir, je vais pas revenir dessus, mais il est fou, ce livre.

Pierre Chevelle [00:04:31]:
Donc ça c'est l'élément déclencheur, mais en gros très concrètement comme symptômes, en quelques semaines il n'y avait quasiment plus rien qui m'apportait de la joie. De l'extérieur c'était la même vie qu'avant, mais à l'intérieur c'est genre un filtre gris qui recouvre tout. J'avais envie de rien, c'était un cauchemar de se lever le matin, le moindre truc te demande un effort monumental. Et je trouvais de moins en moins de sens notamment dans mon taf que j'adore pourtant, mais là j'avais zéro énergie. D'énergie. Au bout d'un moment, j'ai réalisé qu'en fait j'avais perdu espoir. J'avais perdu espoir dans le futur, que j'étais tellement flippé de l'avenir à cause de l'effondrement que j'arrivais plus à me projeter, ou alors j'étais obligé de me projeter à des horizons de plus en plus courts, quoi. J'arrivais pas à imaginer que je puisse être heureux dans un monde post-effondrement.

Pierre Chevelle [00:05:21]:
Et ça, c'est violent. Et en même temps, c'est normal, quoi. La société m'a jamais appris ça, quoi. J'ai jamais envisagé que d'ici quelques années, années, ça puisse devenir vraiment plus compliqué de se nourrir, de se loger, de se chauffer, de se déplacer en France. J'avais jamais envisagé sérieusement la possibilité qu'on détruise la vie sur Terre. J'avais jamais envisagé que le futur serait autant hors de contrôle. Bah, ça faisait beaucoup d'un coup quand même, hein?

L'effondrement psychologique et la perte de repères

Alors courageusement, j'ai fui. J'ai fui dans les séries Netflix, dans la bouffe, dans Candy Crush, en dormant...

Pierre Chevelle [00:06:03]:
En fait, c'était les seuls endroits où j'arrivais vraiment à débrancher mon cerveau qui devenait toxique. D'où les vidéos sur la méditation et la dernière que je viens de faire sur le pouvoir du moment présent, que je te conseille juste là. Bon, je simplifie, j'ai fait aussi plein de trucs beaucoup plus constructifs et matures, on va dire, pour me remettre en question et essayer de trouver des moyens d'agir face à ça. Mais ça, je t'en parlerai dans les prochaines vidéos. Ce que je trouvais dingue, c'était de me dire que le monde n'avait pas fondamentalement changé en 10 jours, tu vois. Ni dans ma vie, ni en France, ni dans le monde. C'était le même monde, quoi. Et pourtant, tout s'est effondré.

Pierre Chevelle [00:06:39]:
C'est d'abord un effondrement psychologique. Ma vision du monde a complètement changé parce que mon ancienne vision ne collait pas du tout avec la réalité du monde. Donc il y a un moment, le fossé est tellement grand que ça craque. Je fais pas très bien le bruit du craquage. Et tu remets tout en question. Et j'étais un raz-de-marée d'émotions permanent, genre ça partait en live tout le temps. J'étais en colère, je me disais mais quelle espèce est assez conne pour non seulement s'autodétruire mais détruire le reste du vivant avec elle en aussi peu de temps et en le sachant en plus. J'avais peur de tout, peur de l'avenir, peur de la mort, peur de ne pas avoir assez de ressources pour me nourrir et nourrir des gens que j'aime, pour me déplacer, pour me soigner, peur que ça dégénère en loi du plus fort avec un État autoritaire, peur de faire des enfants, etc.

Pierre Chevelle [00:07:34]:
J'ai réalisé que j'avais aucune compétence dans un monde qui s'effondre, de compétences vraiment utiles j'entends. En matière d'autonomie, j'ai pas encore en tout cas de compétences en en agriculture, en électricité, en médecine, etc. Je pleurais souvent comme ça, à des moments inattendus, dans la rue, dans la douche, genre n'importe quand. J'étais là « oh petit corps là, préviens-moi au moins » tu vois. Il y a aussi un aspect schizophrénique à avoir cette nouvelle lecture du monde et à voir à quel point on fonce dans le mur encore plus que ce que tu croyais, et à côté de voir le monde qui continue comme avant, les gens qui marchent normalement dans la rue, qui vont au travail, etc.. Et ça, ça rend fou. Et puis tu t'arrêtes 2 secondes et tu te dis « attends, mais toi aussi tu es en train de continuer ta vie comme avant ». Donc par-dessus, moi je me rajoutais une bonne dose de jugement et de culpabilité, que j'en faisais pas assez, etc.

Pierre Chevelle [00:08:27]:
Bah oui Pierre, pourquoi tu es pas capable de changer du jour au lendemain?

Les 3 vagues de choc face à l'urgence climatique

était un gros bordel de sentiments mélangés principalement d'anxiété et de « à quoi bon » en fait. Et je pense que si c'était aussi violent, en le décomposant avec un peu de recul, c'est parce qu'il y a eu un peu 3 3 vagues de choc à retardement. La première vague de choc face à l'effondrement, c'est l'effondrement en soi. Se dire qu'on est en train de détruire la vie sur Terre à vitesse grand V et que notre civilisation est en train de s'effondrer et qu'on va devoir réinventer un truc complètement grandement différent, oui, c'est déjà une info assez traumatisante. Mais derrière, ça a amené 2 autres trucs. Le 2e choc, c'est petit à petit de commencer à comprendre très concrètement comment ça va affecter ton quotidien. Parce qu'au début, c'est une menace un peu macro, et après tu commences à percuter en fait. Ah, comment est-ce que ça va changer ma vie et celle des gens que j'aime? Est-ce qu'on va être séparé avec ma famille? Est-ce qu'on pourra communiquer facilement ou se déplacer facilement? Est-ce que je vais devoir déménager, ou plutôt quand? Est-ce que je vais devoir changer de métier? Et enfin, encore plus subtil, un peu derrière, tu vois, il y a une troisième onde de choc, une troisième vague liée à l'effondrement que que je prends dans la gueule, mais qui est plus vicieuse, c'est une remise en question perso.

Pierre Chevelle [00:09:42]:
De se dire « attends, mais quel rôle je veux jouer dans ce nouveau contexte en fait? Dans un monde qui s'effondre, quelle est ma place? » Donc là je vous le fais en soft et forcément je simplifie un peu, mais voilà, cette année a été vraiment hardcore. Big up à toi si tu es en train de traverser ça, vraiment. N'hésite pas à envoyer cette vidéo à quelqu'un qui en a besoin selon toi. Et si tu retiens un truc de cette vidéo, j'espère que tu retiendras que c'est le fait que t'es pas seul. Les prochaines vidéos seront plus joyeuses avec comment je m'en suis globalement sorti, et potentiellement toi aussi, et surtout comment apprendre à vivre petit à petit avec la fin de ce monde et le début d'un nouveau.

Protocole de guérison : ralentir et faire son coming out sur l'effondrement

Ciao! Maintenant que tu sais pourquoi j'ai fait une dépression écolo, je vais te raconter comment j'ai calmé mon éco-anxiété grâce à 5 moments forts de mon année qui m'ont aidé à aller mieux, de mon coming out sur le fond de l'effondrement à ma famille, jusqu'à un déclic grâce à Justin Bieber. Donc début 2019, je me renseigne enfin sérieusement sur l'effondrement de notre civilisation, et au fil des semaines, je trouve que plus rien n'a de sens. Je deviens très anxieux et ça se transforme en dépression écolo.

Pierre Chevelle [00:10:53]:
Si tu veux les détails, je t'ai tout raconté dans la vidéo précédente si tu veux la voir. Mais je sais très bien que pour combattre cette éco-anxiété, il y a des choses qui doivent changer dans ma vie. Et que ça va pas changer tout seul. Donc février dernier, le premier truc que je fais, c'est de ralentir. Je lève le pied au taf, au taf ouais, et j'essaie de recharger mes batteries. Le deuxième truc que je fais, c'est d'en parler. Je fais des vidéos sur ma chaîne, je rejoins des groupes Facebook comme la Collapso Heureuse, et surtout j'en parle à ma famille. Et jusque-là, en dehors de mes potes militants, pour moi l'effondrement c'est encore assez tabou.

Pierre Chevelle [00:11:30]:
Est secret. Et du coup, c'est encore un sujet assez lourd et pesant, justement parce qu'on n'en parle pas, quoi. Et à ce moment-là, j'ai vraiment l'impression de faire mon coming out sur l'effondrement. Alors voilà, j'ai pas le moral parce que je crois que notre civilisation est en train de s'effondrer. Et à ma grande surprise, il y a eu quelques fails, mais dans l'ensemble, ça se passe très bien. Certains avaient déjà entendu parler d'effondrement, d'autres pas du tout. La fin du monde? Mais globalement, j'ai une chance de malade d'avoir des proches bienveillants avec qui on peut discuter et qui prennent soin de moi. Franchement, prenez soin des gens qui prennent soin de vous.

Pierre Chevelle [00:12:07]:
Avec l'effondrement, une de mes peurs, c'est de ne pas savoir où je vais vivre dans 20 ans. Et j'en parle avec ma sœur et elle me dit: au pire, on habitera tous ensemble, je ne sais pas où, à la campagne. J'étais là: ah ouais! Ça me rassure à ce moment-là d'avoir un scénario où je peux me projeter dans le futur. Toutes ces discussions de coming out sur l'effondrement avec mes proches, elles se sont étalées sur un an grosso modo, au fil des occasions.

De la discussion à l'action : retrouver du sens professionnel

Mais en fait, très vite, dès mars-avril, je suis là: « OK, c'est bien d'en parler, mais ça ne résout pas le problème. » Parler d'éco-anxiété et d'effondrement de manière permanente, en fait, tu peux vite t'auto-entretenir dans ta déprime. C'est pas parce que tu parles de ta douleur que tu fais le travail pour guérir. C'est marrant, hier je suis tombé sur un texte des YouTubeurs de Yes Theory que j'adore et qu'ils formulent encore mieux.

Pierre Chevelle [00:12:56]:
Fais gaffe parce que partager ses peurs, c'est plus facile que de les affronter. En parler, c'est que la première étape. Et il y a un moment, c'est l'action qui permet d'avancer, pas la discussion. Donc je me dis: OK, très bien, très concrètement, ma vie a perdu beaucoup de sens à mes yeux. Comment est-ce que je retrouve du sens? Et je sais très bien depuis le début que l'enjeu, la clé pour que je retrouve du sens à long terme, c'est ma quête de sens professionnel, c'est YouTube, il va falloir que je change des choses sur cette chaîne YouTube. Donc cette remise en question, ça c'est un truc qui a duré un an et qui n'est pas fini et dont vous allez voir le résultat bientôt avec un nouveau format de vidéo. Mais pour revenir en avril, à ce moment-là quand je commence cette quête de sens professionnel, je suis en galère totale, je suis en PLS. Je comprends vite qu'identifier ma mission de vie et retrouver du sens dans mon travail ça va pas se faire en deux-deux quoi.

Santé mentale et stratégie "Marie Kondo" pour recharger les batteries

Pierre Chevelle [00:13:49]:
Et qu'en attendant, la priorité c'est ma santé mentale à court terme. Et donc ma priorité ça devient de retrouver de l'énergie. Quand t'es au fond du trou, tu la joues Marie Kondo vraiment: qu'est-ce qui t'apporte de la joie? Alors pas l'effondrement en tout cas, ça c'est assez clair. Ok, bah prends tes distances quelque temps avec tout ce qui parle d'effondrement autour de toi, sur les réseaux sociaux, tes lectures, etc. Au début je me réfugie dans du divertissement facile qui m'apporte quand même un peu de joie. Le poker, Game of Thrones, la Casa de Papel, le chocolat... Je prenais tout, mais ça reste solitaire. Après, ça devient plus constructif.

Pierre Chevelle [00:14:25]:
Après, je peux dire que j'en ai fait des escape games, des après-midis jeux de société, que je suis allé voir des conférences, que j'ai fait des balades... En fait, tout ce qui peut éviter à mon cerveau de broyer du noir, je prends, je prends. Et en septembre, je sais que la rentrée c'est un moment important pour façonner ton environnement de l'année, Et donc je me botte le cul. T'as pas envie de sortir? Tu sors quand même. Je me remets au sport, je fais du squash. Mais le squash, les gens, c'est la vie. C'est trop bien! Je rentre dans une chorale, on chante Imagine Dragons. I'm waking up, I feel it in my bones, enough to make my systems blow.

Pierre Chevelle [00:14:55]:
Pour écouter la suite, il faudra écouter mon EP. Je vais courir. Bon, OK, j'y suis allé 3 fois. Je prends le vélo plutôt que le métro. Je vois un magnétiseur, un psy. Encore une fois, si vous souffrez d'éco-anxiété ou d'éco-dépression, vraiment, parlez-en à votre médecin et allez voir un psy.

Clarifier ses peurs : éffritement, enfants et avenir

Pendant toute cette année, j'ai vachement peur. J'ai peur de l'effondrement en général, j'ai peur de faire des enfants, j'ai peur de rester déprimé toute ma vie, etc.

Pierre Chevelle [00:15:26]:
Mais c'est plein de peurs un peu floues qui se mélangent et abstraites quoi. Et je comprends que le flou nourrit la peur. Alors je me dis: OK, je vais isoler ces peurs, les clarifier une par une et les affronter. 1. J'affronte ma peur d'un effondrement brutal. À force de me renseigner, je réalise que l'effondrement, ce sera beaucoup plus un effritement de notre civilisation, une dégradation progressive de notre condition de vie et des services publics, plutôt qu'un effondrement brutal et soudain et généralisé. Non, non. Alors, à l'échelle de l'humanité, ça risque d'être rapide, mais beaucoup moins à l'échelle de notre vie.

Pierre Chevelle [00:16:08]:
Ensuite, j'affronte ma peur de faire des enfants. Je suis toujours pas sûr de vouloir des enfants, mais là je me demande, est-ce que je souhaite à quelqu'un de naître dans ce monde qui est en train de se casser la gueule et de peut-être avoir une vie plus compliquée, j'en sais rien, de mourir prématurément, etc. Et je me suis pris beaucoup la tête sur ce sujet jusqu'à avoir une très belle discussion avec ma copine. Qui me dit: « Bah en fait, cet enfant, tu vois, même s'il avait que 15 ans à vivre, bah ce serait 15 ans remplis d'amour, quoi. Donc oui. » Et j'étais là: « Bah t'as raison, en fait. » Et enfin 3, j'affronte ma peur de rester déprimé toute ma vie. Ce qui m'aide pendant toute cette année de dépression écolo, c'est de savoir que j'ai déjà fait une dépression, j'en suis déjà sorti en fait.

Pierre Chevelle [00:16:59]:
Donc je l'ai déjà fait, je sais que je peux le refaire, et même c'est grâce à cette première dépression que j'ai lancé mes bouquins, que j'ai lancé cette chaîne YouTube. Donc en fait, c'est un des meilleurs trucs qui me soit arrivé. Alors je me le rappelle régulièrement parce que j'ai tendance à l'oublier, et je me dis aussi que je le fais pour, pour vous et pour aider d'autres personnes qui traversent ça. Et ça, ça me donne de la force pour avancer. Et en creusant ma petite peur là, je me rends compte qu'en fait derrière ma peur de rester déprimé, il y a une autre peur en fait. Il y a une peur de me faire larguer par ma chérie, parce que c'est ce qui est arrivé pendant ma première dépression. Et un soir du coup, j'ose en parler à ma chérie qui me dit: « Bah oui, ça me rend triste que tu ailles mal, mais ça fait partie de la vie d'un couple quoi, quand tu restes longtemps ensemble. Et tant que toi tu es debout et que tu avances et que tu essaies des trucs pour aller mieux, bah enfin je me fais aucun souci quoi.

Pierre Chevelle [00:17:54]:
» Et c'est con, mais de savoir que tu es aimé aussi quand tu es au plus bas, bah ça t'enlève un poids énorme.

Le déclic de la joie : la fin de l'éco-dépression

Oui, je sais, elle est parfaite. Jusqu'à ce matin de janvier. Comme je déprime souvent pendant cette année-là au réveil, notamment sous la douche, je décide de mettre de la musique qui donne la patate un peu pour contrer ce cerveau qui broie du noir. Et ce matin-là je mets «I don't care when I'm with my baby yeah» et enfin je commence à danser devant mon miroir et je m'éclate quoi. Et là je sens un peu l'émotion qui monte de plus en plus et à un moment la chanson ça fait «ouh ouh ouh ouh ouh ouh» et moi je me vois dans le miroir, c'est ridicule, et du coup je suis mort de rire et en même temps je fonds en larmes parce que je suis pas pris en fait par la beauté de cet instant où je suis en train de faire le clown et je suis plein de vie. Et en même temps, ça contraste de ouf avec toute cette année où j'en ai chié de malade. Et en fait, je pleure de joie.

Pierre Chevelle [00:19:03]:
À ce moment-là, je sais que là, tout de suite, ma dépression écolo vient de finir. Alors c'est pas tout rose non plus, je fais toujours un peu d'éco-anxiété probablement. Il faudra encore des efforts, de la patience, etc. Etc., mais j'ai de nouveau de la joie. Ce jour-là, j'ai l'impression d'avoir pris de la drogue si tu veux. C'est comme si mon cerveau, voilà, il avait de nouveau accès à certaines zones qui étaient inaccessibles depuis, à savoir la joie, l'enthousiasme, l'excitation. Tout pesait une tonne avant, au quotidien le moindre truc, et là je me sens trop léger. Et surtout, surtout, ça c'est un truc important pour vous, je m'y attendais mais Pas du tout.

Pierre Chevelle [00:19:43]:
Ça faisait un an que je faisais mille trucs pour que ça aille mieux et j'avais l'impression que ça marchait pas. J'avais l'impression de faire du surplace, voire de reculer. Et là, boum!

Le temps comme allié contre l'éco-anxiété

Et je me suis rappelé une phrase de mon amie Hélène qui m'avait dit pendant ma première dépression: « Peut-être qu'il suffit de pas grand-chose pour que ça aille mieux. » Je pense qu'elle sait même pas que cette phrase me suit depuis des années, du coup, dans les moments durs. Tout ça pour te dire que c'est pas parce que tu as l'impression que tu fais pas de progrès que tu n'en fais pas. Ce n'est pas toujours visible. Et le fait d'aller mieux, ce n'est pas linéaire. C'est pour ça que tant que tu es en mouvement, tant que tu essaies des trucs pour aller mieux, pour moi, le temps, c'est vraiment ton allié numéro 1 contre l'éco-anxiété.

Pierre Chevelle [00:20:23]:
Alors personne n'aime entendre ça, soyons clairs. C'est ce qu'on dit après une rupture amoureuse. Oui, ça ira mieux avec le temps. Et toi, tu as juste envie de lui mettre une bonne droite. Tu ne crois pas à la personne. Tu crois que tu seras mal toute ta vie. Et pourtant, même si ça fait chier, bah ils ont raison. Tu as déjà vécu une rupture amoureuse, toi-même tu sais.

Pierre Chevelle [00:20:42]:
Mon papa il dit souvent: «Tu sais Pierre, tout passe.» Sous-entendu les trucs négatifs comme les trucs positifs. Alors oui, tu es en train de vivre un moment difficile, mais c'est un chapitre de ta vie, c'est pas toute ta vie. Et pour moi, avec les co-anxiétés c'est pareil. Le temps en fait ça t'aide à t'adapter. Ça veut pas dire que le monde peut pas partir en cacahuète. Ça veut dire que maintenant, l'effondrement, ça fait partie de ta vision du monde et que ça t'empêche pas d'être heureux et de t'engager. Et au contraire, dans les commentaires de la dernière vidéo, pour certains d'entre vous, la réponse à l'effondrement, ça a été de déménager à la campagne, de changer de job, de faire plein d'actions de désobéissance civile, et ça vous rend plus heureux. En un an, beaucoup de choses ont changé.

Pierre Chevelle [00:21:27]:
L'état du monde a continué à empirer. Et en même temps, mais il y a une vague de révolte contre ce système qui détruit le vivant, soit les gilets jaunes, Extinction Rebellion, le féminisme, la grève générale contre la réforme des retraites, etc. Est-ce que c'est suffisant? Non. Mais voir tout ça, l'essor de Thinkerview, Partager c'est sympa et mille autres initiatives hyper inspirantes, moi ça me redonne vachement d'espoir. Des fois, t'as peut-être l'impression de porter le poids du monde sur tes épaules et tu dois lâcher prise. Et quand tu relèves les yeux, bah, tu te rends compte qu'il y a quand même beaucoup de gens qui se battent à tes côtés, et qu'on est de plus en plus nombreux.

Je vous aime.

A dimanche prochain.