Eva Morel (QuotaClimat) : Comment briser l'omerta climatique dans les médias ?

Face à l'urgence écologique, le silence ou le déni des grands médias n'est plus une erreur. C'est un danger. Eva Morel a cofondé l'association QuotaClimat et mène une bataille juridique et culturelle pour que l'écologie ne soit plus un sujet facultatif dans les médias, mais une obligation.


Qui est Eva Morel ? Parcours de la cofondatrice de QuotaClimat

De l'Assemblée Nationale à l'activisme médiatique

Eva Morel est la secrétaire générale et cofondatrice de QuotaClimat, une association qui milite pour une meilleure représentation de l'écologie dans les médias. Ancienne collaboratrice parlementaire, elle est l'architecte de la stratégie juridique qui a mené à la première sanction mondiale pour désinformation climatique.

Avant Quotaclimat, Eva Morel a arpenté les couloirs du pouvoir en tant que collaboratrice parlementaire. C’est là qu’elle a eu un déclic brutal : les politiques n’agissent que si les médias s'emparent d'un sujet. Si le JT de 20h ignore la crise climatique, la loi l'ignorera aussi. En 2022, elle cofonde QuotaClimat avec une intuition simple : pour changer la loi, il faut d'abord changer le récit médiatique.


Une figure de proue de l'écologie politique en 2026

Aujourd'hui Secrétaire Générale de l'association, Eva Morel ne fait pas que dénoncer les fake news climatique. Elle influence directement les politiques publiques. En 2026, son action est en voie de s'internationaliser dans cinq pays européens pour faire de l'information environnementale un droit inaliénable.


Les 19 narratifs de la désinformation : Le décodeur d'Eva Morel

Pourquoi votre JT vous anesthésie (La loi de proximité)

Lors d'une canicule, les journaux télévisés ouvrent souvent sur des images de vacanciers se réjouissant du "beau temps" ou dégustant des glaces. C’est l’anesthésie par la loi de proximité. Les médias privilégient l'émotion immédiate et superficielle au détriment du temps long scientifique. On traite un symptôme mortel comme une anecdote estivale, déconnectant totalement le citoyen de la réalité physique du monde.


Fake news et "doute technique" : Les nouveaux pièges à éviter

Le climatoscepticisme a changé de visage. On ne nie (presque) plus le réchauffement, on sème le doute sur les solutions. Eva Morel identifie des narratifs récurrents :

  • Le "déni de responsabilité" : L'idée que la France ne pèse que 1% des émissions mondiales et que l'effort doit venir uniquement de la Chine ou des USA pour justifier notre inaction.

  • L'invocation des cycles de Milankovitch : L'argument absurde consistant à attribuer le réchauffement actuel à des variations orbitales millénaires, alors que la science prouve l'origine humaine ultra-rapide.

  • Le sabotage des énergies renouvelables : Prétendre que les éoliennes ou le solaire causent des "blackouts" imminents ou ne fonctionnent jamais, sans aucun fondement technique.

  • Le "techno-solutionnisme" : Croire qu'une technologie future (non encore inventée) nous sauvera miraculeusement sans que nous ayons à changer nos modes de vie.

  • La focalisation sur les "petits gestes" : Rejeter la faute uniquement sur l'individu (trier ses déchets) pour éviter de parler des transformations structurelles et industrielles nécessaires.

  • Le fatalisme climatique : Dire qu'il est "trop tard de toute façon", un narratif qui vise à transformer l'éco-anxiété en passivité totale.


La stratégie du Moustique : Faire plier CNews et l'ARCOM

Les coulisses de la première sanction mondiale pour désinformation

C’est une victoire historique. Grâce à une stratégie de harcèlement juridique ciblé, la "stratégie du moustique", QuotaClimat a obtenu a réussi une première mondiale : faire condamner un média pour son traitement du climat. Après avoir envoyé 22 saisines pour des cas de désinformation non contredits, l'ARCOM a infligé une amende de 20 000 € à CNews. C'est la première fois qu'une autorité de régulation reconnaît officiellement que le consensus scientifique sur le climat n'est pas une opinion, mais un fait dont le non-respect peut être sanctionné.


Mode d'emploi : Comment effectuer une saisine citoyenne efficace

Vous n'êtes pas impuissants face à une fake news entendue à la radio ou à la télé. Vous pouvez vous aussi agir contre la désinformation. Voici comment utiliser le levier de l'ARCOM. La "stratégie du moustique" est accessible à tous :

  • Notez l'heure exacte, la chaîne et le nom de l'émission.

  • Rendez-vous sur le site de l'ARCOM (rubrique "Alerter l'Arcom sur un programme").

  • Argumentez sur le "manque de rigueur" et "l'absence de contradiction". C'est en multipliant ces saisines que nous forcerons les régulateurs à agir systématiquement contre la désinformation.


Le prochain combat d'Eva Morel : Un droit à l'information de qualité

100 députés pour une loi contre le greenwashing médiatique

Le combat d'Eva Morel et de Quotaclimat se déplace maintenant sur le terrain législatif. Plus de 100 députés soutiennent désormais une proposition de loi visant à instaurer un quota minimum de temps d'antenne dédié à l'écologie, mais aussi à encadrer strictement la publicité pour les produits les plus polluants. L'objectif est simple : sortir l'écologie du créneau "passion" pour en faire le socle commun de toute information.


C'est quoi la loi QuotaClimat ?

Il s'agit d'une proposition de loi visant à imposer aux médias audiovisuels des obligations de temps d'antenne sur les enjeux environnementaux. Elle propose également de former les journalistes et de réguler la publicité pour les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre.


Comment signaler une fake news climat à l'ARCOM ?

Tout citoyen peut saisir l'ARCOM via leur formulaire en ligne en précisant le média, la date et le motif (souvent "manque de rigueur dans le traitement de l'information"). Plus les signalements sont nombreux sur un même sujet, plus l'autorité de régulation est contrainte d'ouvrir une procédure.

Pour soutenir concrètement le travail d'Eva et de son équipe, vous pouvez faire un don sur HelloAsso ou consulter les guides de décodage directement sur le site de quotaclimat.org.


Écouter l'épisode de Soif de Sens avec Eva Morel

Pour aller plus loin et comprendre comment transformer votre éco-anxiété en une force juridique et politique, l'entretien complet avec Eva Morel est disponible sur toutes les plateformes de podcast.

Transcription du podcast Soif de Sens avec Eva Morel de Quotaclimat sur la désinformation climatique

Ce texte est une transcription du podcast Soif de Sens générée automatiquement par un logiciel. Des erreurs peuvent s'être glissées dans le texte. Il est notamment fréquent que la fin d'une phrase soit coupée et apparaisse au début de l'intervention suivante.

Pierre Chevelle:
Bienvenue dans Soif de sens, l'émission podcast et YouTube qui t'aide à construire une vie et une société pleine de sens. Chaque semaine, je reçois un humain ou une humaine inspirante pour t'aider à incarner le changement. Et aujourd'hui, on accueille Eva Morel de Quotaclimat pour parler de comment les médias peuvent être nos pires ennemis ou nos meilleurs alliés face à la crise climatique. Salut Eva! Salut! Je te présente en 10 secondes, tu es secrétaire générale et cofondatrice de Quotaclimat. Une asso qui milite pour que les médias parlent plus et mieux d'écologie. Vous avez obtenu par exemple la première sanction mondiale pour désinformation climatique et vous poussez aujourd'hui une loi soutenue par plus de 40 députés, je crois, pour combattre la désinformation sur le climat.

Questions mitraillette : records et absurdités médiatiques

Pour se mettre dans le bain, je te propose de lancer l'épisode par une série de questions mitraillette auxquelles tu dois essayer de répondre le plus vite possible. Est-ce que ça te va?

Eva Morel:
Parfait.

Pierre Chevelle:
Ça va, en général les gens ils sont un peu « oula, c'est quoi toi? » Aucun souci mec, je gère. J'adore. Allez, top! C'est quoi la phrase la plus absurde sur l'écologie que tu as entendue sur un.

Eva Morel:
Plateau télé? Tout simplement que le réchauffement climatique n'était pas lié à l'homme et que c'était lié au cycle de Milankovitch. C'est.

Pierre Chevelle:
Assez fréquent. Et à l'inverse, la phrase la.

Eva Morel:
Plus courageuse? Je pense que c'est l'intervention de Lucie Chaumet sur le plateau de France Info qui a pris la défense des écologistes en rappelant la science et c'était.

Pierre Chevelle:
Hyper efficace. C'est qui.

Eva Morel:
Elle, pardon? C'est une journaliste de France Info qui est spécialisée sur les questions de climat et qui parle de ces sujets avec beaucoup de rigueur, qui s'est beaucoup formée et pour nous qui est un.

Pierre Chevelle:
Bel exemple. OK. Est-ce qu'il y a un média que tu trouves exemplaire.

Eva Morel:
Sur l'écologie? D'après notre dernier rapport, le média le plus exemplaire en France, c'est RFI qui couvre des sujets climat à hauteur de plus de 6 de temps d'antenne et qui ne désinforme pas. Pas du tout sur ces sujets et donc c'est une.

Pierre Chevelle:
Belle prouesse. Mais du coup, ça, ça inclut tous les médias engagés écolos, Reporterre, Blast.

Eva Morel:
Et compagnie? Non, ça ne les inclut pas, mais nous c'est vrai qu'on travaille plus sur les médias mainstream. On part du principe que bien sûr que les spécialisés couvrent bien ces sujets. En revanche, c'est important pour nous de considérer que les médias mainstream, comme ils touchent une sphère très large de la population, en fait, s'ils sont en capacité de briser les silos et de toucher des sphères qui ne sont pas forcément formées aux questions environnementales, Et donc on s'attache beaucoup à travailler sur ces médias mainstream. Mais bien sûr que les médias spécialisés font un travail admirable de couverture.

Pierre Chevelle:
Des sujets. C'est pour ça que je me disais 6 pour un filtre au bien, et je me disais mais quand même, il doit y en avoir qui... Et à l'inverse, celui qui te désespère.

Eva Morel:
De média? Je pense qu'on est assez nombreux à être désespérés par la couverture de CNews des sujets de société au sens large. Mais c'est vrai que sur les sujets climat, c'est particulièrement préoccupant. Dans notre dernier rapport, pareil, on a détecté qu'en 8 mois de temps d'antenne, Il y en avait 164 cas de désinformation climatique et c'est vraiment un ovni dans le paysage médiatique français. Et donc ça nous semble vraiment problématique et un sujet sur lequel c'est important d'agir par d'autres leviers que.

Pierre Chevelle:
La formation. Ah ouais, ils sont vraiment très, très loin en tant que derniers de.

Eva Morel:
La classe. Ouais, ouais, ouais.

Pierre Chevelle:
Très loin. OK. Le moment où tu t'es dit OK, là on est en train de gagner et les choses vont dans le.

Eva Morel:
Bon sens? Je pense que c'était pendant la COP21, ça remonte à pas mal de temps, mais je pense qu'il y avait un bel engouement autour des sujets climat. Et récemment, j'ai vu un article passer dans Courrier international qui relayait une étude scientifique qui montrait que sans la COP21, on aurait des dizaines de jours de chaleur en plus par année d'ici quelques années. Et qu'en fait, finalement, on pouvait avoir l'illusion qu'il y avait beaucoup de retour en arrière, ce qui est le cas en ce moment. Mais que ça fonctionne aussi. Et s'il n'y avait pas eu les engagements de la COP21, on serait bien au-delà de la trajectoire actuelle. Donc bien sûr qu'il faut persévérer parce que si on continue sur cette trajectoire, c'est dramatique. Mais il y a quand même.

Pierre Chevelle:
De l'espoir. C'est comme nuance parce intéressant que c'est vrai qu'aujourd'hui c'est souvent perçu, en tout cas moi dans mon image, comme une promesse qui a échoué, un échec. Et au final, c'est intéressant de voir que ça a quand même permis de faire avancer les choses. Donc c'est cool. Tu ressens quoi quand tu vois une canicule traitée comme une bonne nouvelle pour les vacanciers parce qu'il va.

Eva Morel:
Faire chaud? Ça me met beaucoup en colère parce que je trouve que c'est injuste par rapport aux victimes que ça génère au sein de la population. On a des études désormais bien établies qui montrent que chaque vague de chaleur et chaque canicule, ça crée des centaines, voire des milliers de morts supplémentaires. Et donc de voir traiter ça comme une bonne nouvelle, je trouve que c'est une manière très égoïste de traiter ce sujet. Ça me met beaucoup.

Pierre Chevelle:
En colère. Tu mettrais combien d'amende à un média qui relaie une séquence de.

Eva Morel:
Désinformation climatique? Je vais passer cette question parce que je pense que c'est pas à moi de dire quelle serait l'amende. Mais en revanche, on travaille à ce que les amendes soient de plus en plus élevées quand c'est des cas répétés, pour désinciter en fait à désinformer. Et on est assez persuadés chez Quotaclimat qu'une mise en garde une première fois, c'est normal, mais par contre, au fur et à mesure, il faut quand même progresser donner plus d'incitations que ce qui est.

Pierre Chevelle:
Aujourd'Hui réalisé. On va parler plus tard de l'ARCOM, mais est-ce qu'il y a un je me monde, dis, où au lieu de mettre des amendes, genre, ils pourraient imposer un quota.

Eva Morel:
Climat justement? Nous, on porte ça dans la proposition de loi qu'on défend auprès de plusieurs parlementaires, où l'instauration d'un quota en période électorale qui permettrait de s'assurer que quand on n'en parle pas du tout, l'ARCOM, donc l'Autorité de Régulation Audiovisuelle, et des compétences pour remédier à ça. Ce n'est pas une proposition qui fait consensus, mais on pense que c'est important de la débattre parce que les questions d'environnement sont vraiment sous-traitées en quantité dans l'espace médiatique français. Et donc je ne pense pas que ce soit des mesures qui complètent des amendes, je pense que c'est deux choses complètement différentes. Mais en revanche, oui, on pense que c'est important de faire exister ces sujets au long cours dans un moment médiatique où en fait il y a toujours du plus chaud comme actualité. Que les questions d'environnement, jusqu'à ce que ce soit trop en tard.

Pierre Chevelle:
Fait. Ouais. Quel est le petit truc qu'un journaliste peut faire dès demain pour changer.

Eva Morel:
Les choses? Nous, en ce moment, on est assez persuadés que les journalistes, notamment les journalistes non spécialisés sur les sujets climat, devraient se former aux narratifs de désinformation les plus récurrents. Et je parle beaucoup de notre dernier rapport parce qu'on vient de le sortir, mais dedans, on identifie 19 narratifs qui sont les plus récurrents dans l'espace médiatique français, 19 narratifs de désinformation. Et je pense que si la majorité des journalistes étaient formés à ces narratifs, ça faciliterait beaucoup.

Pierre Chevelle:
La contradiction. Ouais, parce que non seulement il y a des dingueries qui sont dites sur les plateaux, mais surtout les journalistes, ils ne rétorquent pas quoi. Ils laissent.

Eva Morel:
Passer quoi. Oui, c'est ça. Et on pense que c'est normal de ne pas être en capacité de riposter si on n'a pas les éléments de connaissance devant les yeux. Mais désormais que ça existe, Je pense que c'est important de les intégrer dans leur.

Pierre Chevelle:
Formation continue. Et pour finir, tu ressens quoi quand tu vois un journaliste enfin parler.

Eva Morel:
D'Écologie correctement? Beaucoup d'espoir, beaucoup d'espoir que les.

Pierre Chevelle:
Choses changent. Et ben voilà, tu as survécu aux questions mitraillette.

Genèse de QuotaClimat : l'influence des médias sur les politiques

Pour commencer, en 2022, tu as réalisé avec deux autres collaboratrices parlementaires que les élus s'en cognaient de l'écologie et que surtout, si les médias n'en parlaient pas, les politiques n'en parlaient pas. Donc c'était quand même les médias qui faisaient beaucoup l'agenda politique. Est-ce que tu peux nous raconter cette histoire à l'origine de.

Eva Morel:
Quotaclimat? Oui, en fait, on s'est rendu compte avec Lola Morel, qui est aussi ma sœur, et Annelise Vernière, que les responsables politiques pour qui on travaillait, mais plus généralement leurs se méfiaient.

Pierre Chevelle:
Vraiment.

Eva Morel:
Collègues.

Pierre Chevelle:
Beaucoup. Vous étiez toutes les deux députées, enfin collaboratrices parlementaires avec.

Eva Morel:
Ta.

Pierre Chevelle:
Sœur? Oui. Trop.

Eva Morel:
Drôle, OK. Et en fait, on s'est rendu compte que les journalistes avaient vraiment une capacité de remettre en question des positions d'élus politiques. Et que plus largement, s'ils leur posaient des questions de contexte et s'ils leur demandaient pourquoi est-ce que les engagements n'étaient pas à la hauteur, généralement les élus revenaient la prochaine fois beaucoup plus outillés à répondre. Et donc on s'est dit que c'était un levier qui était assez frappant et on se posait la question de pourquoi est-ce que c'était pas plus déployé, parce que ça nous semblait être un réflexe journalistique assez standard à développer d'être plus incisif dans les interviews. Et donc petit à petit, on s'est intéressé au rôle des médias plus largement dans la transition écologique. Ça nous a amené Tout d'abord à publier une tribune, puis ensuite de faire une mobilisation pendant la campagne présidentielle. Et puis petit à petit à structurer une.

Pierre Chevelle:
Association dédiée. Oui, et c'est là que vous avez eu l'idée d'un quota volontaire de l'écologie dans les médias pendant les présidentielles, notamment c'est-à-dire accorder, ce que tu as dit, un minimum de place à l'écologie dans les programmes électoraux et l'espace médiatique. Et du coup, je crois que vous lancez une pétition qui a rassemblé genre 30 000 signatures et obtenu le soutien de Jean Caude, de Valérie Masson-Delmotte, de Corinne Lepage, etc. Tu peux.

Eva Morel:
Nous raconter? Ouais, en fait on s'est dit que pour remédier au sujet, peut-être qu'on pourrait commencer par une proposition volontairement provocatrice de créer un quota d'information sur l'environnement dans les médias. Et on a d'abord fait une tribune. À ce moment-là, c'était vraiment l'engouement, on a contacté plein de personnes, ils nous répondaient, ils étaient très partants pour signer. Et on s'est dit que c'était intéressant et qu'on avait l'impression de toucher du doigt quelque chose qui n'avait pas jusqu'à présent été investi par la communauté associatives environnementales. Donc on a persévéré là-dessus, on a lancé cette pétition dans la foulée. Et c'est vrai que le fait d'avoir beaucoup d'engouement sur le très court terme, parce que les quelques milliers de signatures, on les a vraiment réunies en quelques jours, ça nous a laissé penser qu'il y avait une demande en fait, et qu'il y avait aussi des attentes citoyennes fortes par rapport aux journalistes qui n'étaient pas du tout satisfaites. Et que le fait de mettre le doigt sur le problème, on avait plein de témoignages qui arrivaient qui nous disaient: « Ah mais oui, totalement, telle interview politique, j'ai pas compris pourquoi est-ce que telle question avait été posée ou pas posée ou posée de cette manière. » Et donc voilà, on s'est dit que c'était intéressant de continuer.

Eva Morel:
Et donc après la campagne présidentielle, on a envoyé des questions aux modérateurs du débat de l'entre-deux-tours, Gilles Boulot et Léa Salamé, qui avaient été bien reçues. Et on avait eu des retours de leur part sur pourquoi est-ce que certaines questions étaient posées de cette manière. On s'est dit qu'en fait il y avait un boulevard à explorer sur le sujet. Et depuis, ça fait plus de 3 ans qu'on explore ce boulevard et honnêtement, c'est un puits sans fond. Il y a tellement de choses à améliorer dans le secteur du journalisme qu'on s'amuse beaucoup en le faisant, même si on On a beaucoup.

Pierre Chevelle:
De désillusions en parallèle. Ouais, c'est-à-dire que si le potentiel il est énorme et que tu peux avoir tellement d'impact quoi.

Les piliers d'action : plaidoyer, données et interpellations publiques

Aujourd'hui, Quotaclimat, c'est 3 actions principales: du plaidoyer politique, donc vous écrivez des propositions de loi, par exemple pour renforcer les pouvoirs de l'ARCOM, le gendarme des médias. Vous produisez beaucoup de données, de chiffres, des baromètres, des observatoires pour objectiver que non, ce n'est pas juste du militantisme écolo qui a l'impression que c'est un sujet sous-traité. Et des interpellations publiques, des posts LinkedIn et des campagnes de name and shame, notamment envers les médias coupables, mais aussi la valorisation des bons élèves. C'est vraiment le prof qui donne les bons points et les mauvais points. Tu peux nous raconter une histoire.

Eva Morel:
De name and shame? Oui, je vais en choisir une qui a bien fonctionné. On avait été très frappés pendant les élections américaines d'une émission qui s'appelle «L'heure américaine» de France Info. Où le représentant de Trump en France, donc le président des Républicains France, s'était exprimé dans une émission en disant 4 fois d'affilée que le réchauffement climatique n'était pas causé par l'homme, dans une émission qui durait 1 heure, et il n'a pas été contredit une seule fois, ni par les invités, ni par le journaliste modérateur. Donc on a fait une interpellation dans la foulée sur notre page LinkedIn, et 2 jours plus tard, l'émission s'est tenue en s'excusant sur le plateau de ne pas avoir contredit cette fausse information. Et on a échangé avec la rédaction qui nous a dit qu'en effet c'était une erreur de leur part et qu'ils feraient leur possible pour que ça ne se reproduise pas. Et donc voilà, on sait que l'interpellation a carrément.

Pierre Chevelle:
Fonctionné en ce sens. C'est chaud parce que là c'est même pas des arguments un peu plus avancés, c'est vraiment le niveau -2 quoi. Oui, il y a du.

Eva Morel:
Boulot. Ça c'était quand? Ça.

Pierre Chevelle:
C'Était en novembre-décembre 2024. Ah oui, donc c'était il y a un.

Eva Morel:
An.

Pierre Chevelle:
Quoi. Enfin voilà. Ok. En 2019, 1% de reportages mentionnaient le changement climatique ou des mots-clés voisins. Aujourd'hui, c'est 3 à 4% des reportages. Donc ça a triplé ou quadruplé, ce qui est cool, mais voilà. Depuis 2 ans, enfin déjà on est encore très loin de beaucoup plus. Et surtout depuis 2 ans, on parle beaucoup moins d'écologie.

Pierre Chevelle:
Par exemple, entre 2023 et 2024, on parle 30% de moins à l'antenne d'écologie. Alors que bah a priori les problèmes continuent de s'aggraver, sachant que pour vous donner une idée, le Covid c'était 75 du temps d'antenne, donc c'est vraiment Enfin lunaire quoi. c'est évidemment, c'est pas aussi spectaculaire et inédit que le Covid, mais c'est quand même lunaire que notre avenir est en immense danger et juste on évite le sujet quoi.

Pourquoi l'écologie est-elle un "sujet froid" pour les journalistes ?

Comment on peut changer ça ?

Je pense qu'il faut d'abord comprendre pourquoi est-ce que l'information environnementale, elle est si peu traitée et si mal traitée. C'est que c'est un sujet qui, de prime abord, a l'air technique. Pendant longtemps, il n'y avait pas de conséquences palpables des crises environnementales. Donc en fait, c'était que prospectif et on avait du mal à se matérialiser à la fois intellectuellement et aussi matériellement, à l'aide de reportages, d'images, ce que ça voulait dire. Donc les journalistes avaient du mal à le représenter. Et ensuite, on s'est retrouvé avec une crise qui a commencé à être visible, mais qui restait technique et qui restait en termes de levier d'action assez inaccessible, très macro. Et donc les journalistes sont tout le temps poursuivis par l'actualité chaude, par les crises politiques, géopolitiques, des événements, des faits divers. Et par rapport à ça, ils ont du mal à couvrir des sujets qui paraissent froids ou qui paraissent distants.

Eva Morel:
Il y a une loi en journalisme qui s'appelle la loi de proximité, En fait, on couvre plus ce qui est proche de nous et les crises environnementales, souvent, ça n'a pas l'air proche. Et donc c'est pour ça que ça a longtemps été peu couvert. Et nous, on pense que par rapport à ça, il y a de la compassion à avoir par rapport à la profession, bien sûr, mais des leviers aussi qui permettraient concrètement d'y remédier et dans certaines rédactions qui sont très efficaces. Donc c'est pour.

Pierre Chevelle:
Ça qu'on les propose. Et tu penses.

Eva Morel:
À quoi, par exemple? D'une part, la formation. La formation, ça peut paraître être la base, mais ce n'est juste pas fait. Donc par exemple, dans le tronc commun des écoles de journalisme, il n'y a pas d'élément sur l'environnement, pas sur le climat, pas sur la biodiversité, pas sur les questions de pollution. Donc en fait, le socle de formation, il est vraiment lacunaire. Ensuite, dans la formation continue, il y a très peu de rédactions qui proposent de former leurs journalistes, donc très peu de rédactions qui mettent à disposition des experts ou qui proposent des socles de formation de quelques heures à quelques journées. Quand ça existe, parce que certaines rédactions commencent à le faire, c'est pas obligatoire. Et quand ça existe, les rédacteurs en chef et les journalistes exposés au direct ne sont pas forcément présents parce qu'ils disent ne pas avoir le temps. Or, c'est les personnes qui sont les plus influentes dans les rédactions.

Eva Morel:
Et donc ça, ça permettrait vraiment d'améliorer la chose. Et puis peut-être dernière chose qu'il faut quand même dire, c'est que tous les médias n'ont pas envie de couvrir ces sujets de la même manière. Certains ont des lignes éditoriales qui sont pas du tout alignées avec la question de la transition écologique. Et là, on a d'autres leviers qui permettent d'agir, et notamment le fait d'avoir des médias des mécanismes de responsabilisation, de redevabilité, des sanctions en fait concrètement. Et c'est ce qu'on.

Pierre Chevelle:
Travaille aussi à développer. Ok, très intéressant. Donc moi, mon tout premier pied dans l'entrepreneuriat social, c'était avec Sparknews qui avait fait l'Impact Journalism Day plusieurs fois, que tu dois connaître, voilà, où la toute première édition, c'était 20 grands journaux dont Le Monde en France qui le même jour publiaient un supplément dédié aux solutions, pas que écologiques mais forcément notamment. Et ce que je trouve choquant en fait, c'est que c'est choquant dans le sens plus notable, c'est que forcément, moins t'en parles, moins on va en parler. Et même là, à chaque fois que je prépare une interview, forcément, j'ai plus de chance d'interviewer quelqu'un qui a déjà été interviewé parce que je vais en entendre parler plus que quelqu'un qui fait des choses incroyables, qui change le monde, mais qui n'est pas du tout médiatisé. Et forcément, si un média parle d'une solution, ça peut donner envie à d'autres d'en parler. Il y a un cercle vicieux.

Eva Morel:
Un cercle vertueux, quoi. Ouais, complètement. L'opération Enquête de Demain de Sparknews, je pense qu'elle a dû changer de nom depuis. Nous, on la suit de près parce qu'on pense que c'est vraiment hyper intéressant, la coopération qui se met en place entre des rédactions pour parler de solutions de territoire, mais de manière uniforme, pour porter des sujets et les mettre à l'agenda. Et en fait, il y a une force de frappe.

Pierre Chevelle:
Nationale, c'est assez fort. Ah bah ouais, puis c'était ouf. Non seulement les projets mis en avant, ils explosaient en termes de... Bon, forcément ça redescendait après, mais tu avais quand même un pic en termes de nouveaux clients, de partenaires, parfois d'investisseurs, de partenariats, etc. Et même les médias étaient trop contents d'avoir une autre manière de travailler, de sortir juste... Forcément quand tu traites l'actu chaude, il y a souvent plus de trucs négatifs que positifs. Et en fait, parler des trucs du temps long, des initiatives d'innovation sociale que, bah, pas comme moi j'imagine, on en connaît plein, plein, plein, mais en fait, bah ouais, quand t'es journaliste et que c'est pas ta formation et ou ton milieu, tu connais pas du tout alors qu'il y a des milliards d'initiatives qui, pas qui sont complètement pertinentes par rapport à un sujet d'actualité X ou quoi. Y Alors en parallèle silence de ce du coup médiatique sur l'écologie, il y a une énorme vague de désinformation climatique qu'on sous-estime vachement et moi le premier je pense.

Pierre Chevelle:
Parce que surtout quand t'es déjà écolo, a priori, t'écoutes moins ce genre de média quoi. Et qui se normalise gravement depuis quelques années. Au premier trimestre 2025, vous avez détecté 128 cas de désinformation climatique, donc une dizaine par semaine. Sauf que les fausses informations circulent 6 fois plus vite que les vraies parce que sans surprise, surprise, enfin non, et sans elles sont souvent créées ou amplifiées par des intérêts économiques opposés à l'écologie.

Mésinformation vs Désinformation : les 19 narratifs du doute

C'était quoi, juste pour être sûr de bien.

Eva Morel:
Comprendre, une désinformation climatique? Dans notre nouveau rapport, on fait la distinction entre mésinformation et désinformation. Par mésinformation, on entend contenu qui soit faux, erroné ou trompeur, c'est-à-dire à haut risque d'induire le public en erreur. Et ça, c'est ce qu'on va considérer comme une fausse information climat.

Pierre Chevelle:
Donc de la mésinformation. Donc genre, le réchauffement climatique n'est pas.

Eva Morel:
Causé par l'humain, quoi? Ouais, mais ça va beaucoup plus loin. Par exemple, le fait de dire les énergies renouvelables ne fonctionnent pas, c'est en fait infondé. Ou le fait de dire les énergies renouvelables causent des blackouts. Je parle des énergies renouvelables parce qu'en fait c'est le sujet qui est le plus exposé en France et à travers le monde à la désinformation sur les enjeux environnementaux à l'heure actuelle. Et ensuite, nous on va ajouter une surcouche qui est l'intentionnalité, et ce qui nous amène à parler de désinformation. Et cette intentionnalité, on l'attribue au fait que des narratifs soient répétés soit récurrents. Et dans notre dernier rapport, on considère qu'à partir du moment où, de manière statistiquement significative, c'est récurrent, on appelle ça un narratif de désinformation. Et on en a identifié 19 qui sont des narratifs qui sont globalement normalisés dans l'espace médiatique.

Eva Morel:
Et je pense que si j'en citais quelques-uns, pour beaucoup d'entre nous, ils apparaîtraient comme des polémiques et du débat d'idées et pas de la désinformation. Et c'est ça la force de la désinformation, c'est d'introduire un doute entre ce qui relève du fait et de l'opinion. Et nous, on est particulièrement alarmés par le fait que ce doute, il progresse, y compris chez les personnes qui sont sensibilisées à ces sujets. Parce qu'en fait, comme on écoute beaucoup l'information environnementale, on est très exposé au contenu, y compris les contenus faux qui parlent.

Pierre Chevelle:
De nos sujets d'intérêt. Bah, tu entends des bêtises dites toute la journée, au final tu finis plus ou moins par les croire. Personne n'a le temps ou l'envie d'aller checker les sources à chaque fois. Et même si je pense tu le fais, bah inconsciemment T'as ton cerveau rationnel mais t'as aussi juste je pas, ton, sais ton cerveau primitif où bah tu baignes dans ces informations. Donc c'est ouais, c'est c'est ça, le, le, bah les lobbies du quoi, doute c'est, c'est le principe de base quoi. Et vous avec Science Feedback et Data for Good, vous avez développé donc un outil de détection de désinformation climatique qui permet de cartographier bah l'étendue des dégâts dans les médias Mais français. voilà, toujours pour bah chiffrer objectivement, mettre le, le projecteur sur ce problème et idéalement changer la loi.

La stratégie du moustique : comment obtenir une sanction de l'ARCOM

première fois au monde, une autorité audiovisuelle, l'ARCOM, a reconnu officiellement de la désinformation climatique sur CNews et Sud Radio et leur a infligé une amende.

Pierre Chevelle:
C'est trop bien! Comment ça.

Eva Morel:
S'Est passé tout ça? Concernant l'amende de CNews, en fait, ça fait depuis 3 ans qu'on envoie des saisines à l'ARCOM. Il faut dire que tout le monde peut le faire sur le site de l'ARCOM. C'est quelque chose qui est ouvert à tous les citoyens. Et donc on signale le programme, on indique l'heure, le motif de notre saisine, on l'explique en quelques mots. Et donc nous, on l'a fait 22 fois d'affilée pour des cas de désinformation climatique non contredit. C'est important de dire que c'est que quand il n'y a pas de contradiction qu'on peut saisir, parce que sinon on considère, dans le langage de l'ARCOM, qu'il y a une maîtrise de l'antenne et que la chaîne n'est pas en cause. Et donc nous, on l'a fait 22 fois et sur ces 22 fois, on a obtenu 4 retours positifs. Une première sanction financière à hauteur de 20 000 € pour CNews qui était une première mondiale et donc on est vraiment très contents de cette saisine.

Eva Morel:
Et ensuite 2 mises en garde pour Sud Radio et un rappel à l'état des connaissances scientifiques sur Radio Classique qui est aussi une première victoire parce que Radio Classique n'avait jamais jusqu'à présent été reconnue comme manquant d'honnêteté ou de pluralisme de l'information. Je pense qu'ils ont fait un écart en invitant un climato-sceptique et qu'ils ne vont pas le refaire de sitôt. Mais c'était quand même important de dire que ce type de choses ne passe pas inaperçu et que l'autorité de régulation.

Pierre Chevelle:
Peut se positionner dessus. Pour leur image, c'est marrant parce que Radio Classique, tu t'attends vraiment pas à avoir des trucs climatosceptiques dessus. Ça a dû leur.

Eva Morel:
Faire peur un peu. Oui, je pense que ça a fait beaucoup réagir dans la rédaction. Ils ont pas compris non plus le choix de programmation de cet interlocuteur. Mais le fait est que c'est important de dire que les saisines qu'on envoie, c'est vraiment pas pour tous les cas de désinformation qu'on détecte avec nos partenaires. C'est vraiment sur les cas les plus saillants et c'est vraiment l'ADN de notre action de dire on ne veut pas réguler tous les cas parce que je pense que ce serait dangereux pour la liberté d'expression. Mais par contre, on veut réguler les plus forts, les plus perturbateurs et les plus dangereux pour désinciter les autres cas et la masse de cas de se reproduire et pour.

Pierre Chevelle:
Inciter la contradiction journalistique. Ouais, puis déjà poser une limite quoi, placer rouge une ligne de «Bah non, en fait là c'est illégal quoi». Je me demande si l'ARCOM, ils ont des moyens, ils sont beaucoup et pourquoi combien, les, je sais plus la dizaine d'autres, elles ont pas.

Eva Morel:
Été acceptées de saisir? Parce qu'ils jugeaient qu'il y avait un esprit de contradictoire et que quand il y a un esprit de contradictoire, nous on a une différence d'opinion, c'est qu'on considère que quand il ne porte pas sur le propos en tant que tel, «c'est pas bien réalisé», mais eux considèrent que si ça porte sur le discours de la personne, ça va compter quand même. Et donc ils ont instruit toutes nos saisines, bien sûr ils sont obligés de le faire légalement, mais les autres, ils ont considéré que.

Pierre Chevelle:
C'Était un retour négatif. D'accord, donc si n'importe qui fait une saisine, de toute façon on aura un retour, quoi. Il y en a pas 99% qui vont se perdre.

Eva Morel:
Dans le néant, juste ils vont jamais... Non, non, c'est vraiment.

Pierre Chevelle:
Un engagement qu'ils ont. Ok, et tu sais si c'est un gros ils truc, ont des, il y a beaucoup de salariés, ils.

Eva Morel:
Ont des ressources ou? Ouais, c'est une autorité de régulation qui est mandatée par l'État, donc ils ont des ressources, ils sont, je dirais bien 400 et ensuite, combien tu dis pardon? 400? 400 à peu près, ouais. Et après, en termes d'instruction des saisines, je sais pas exactement combien de personnes le font, mais c'est une poignée je pense.

Pierre Chevelle:
Ils en ont beaucoup. Ok, ouais, tu dis, bah c'est un signal que le consensus scientifique sur le climat maintenant c'est un fait et c'est pas, c'est pas une opinion. Et que bah c'est aussi notre rôle au-delà des assos comme, comme vous, voilà, de la société civile, d'alerter dès qu'il y a une désinformation effectivement non contredite. Ensuite, on l'a dit, un de vos piliers c'est le plaidoyer. Vous avez convaincu une quarantaine de députés de 7 groupes politiques différents. Donc très rassembleur, de voter une loi contre la désinformation climatique dans les médias. Ça en est où aujourd'hui? Est-ce que ça a des chances de passer et derrière peut-être d'être.

Eva Morel:
Copié ailleurs en Europe? Là, du coup, les députés sont plus de 100 à l'heure actuelle, donc on est vraiment content. La mobilisation s'est fortement développée. Et où on en est? On porte cette proposition-là depuis plus de 3 ans désormais, donc c'est vraiment un effort de longue haleine. On espère qu'elle soit examinée déjà en France d'ici la fin de l'année 2025 et on pense que Avec le nouveau Parlement, le nouveau gouvernement, peut-être que les choses vont bien tomber en place. Et ensuite, après, oui, on aimerait beaucoup que ce soit répliqué à l'échelle européenne. Je ne dirais pas à l'échelle de chaque pays, mais plutôt que dans la réglementation européenne, on ait une reconnaissance de la qualité de l'information environnementale comme étant un droit citoyen à l'information. Et on pense qu'il y a une opportunité de le faire, c'est qu'en 2026, il va y avoir une révision de ce qu'on appelle la directive audiovisuelle. Qui est le droit de l'audiovisuel à l'échelle européenne.

Eva Morel:
Et on pense que pour la première fois, on pourrait reconnaître que l'environnement fait partie du devoir des médias d'intérêt public. Et donc c'est important d'en parler.

Pierre Chevelle:
Pour remplir leurs obligations. OK, trop bien. Et je veux dire, mais en France, il y a combien de députés? 100, ça me semble déjà un.

Eva Morel:
Très gros pourcentage, non? Il y a 577 députés, donc oui, c'est beaucoup. Ah ouais, beaucoup.

Pierre Chevelle:
Plus que 300-400. Non. Ouais mais bon, c'est quand même, bref, ça sent plutôt bon. On peut pas trop s'avancer à chaque fois mais ok.

Expansion internationale : Brésil, Belgique et lutte contre la Russie

Vous venez de finir une campagne de dons, vous avez récolté 30 000 € qui vont vous permettre de vous étendre dans 5 pays: la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne, la Pologne et le Brésil. C'est génial! Comment vous.

Eva Morel:
Avez choisi ces pays? Oui, on est vraiment super contents de la campagne de dons. On a choisi ces pays pour des raisons bien précises. Le Brésil parce que la COP30 a lieu cette année à Belém, donc dans le nord du Brésil, Brésil, au du côté de la forêt amazonienne. Et pour la première fois, le Brésil a mis à l'agenda de la COP la question de la lutte contre la désinformation, parce qu'il y a beaucoup de.

Pierre Chevelle:
Désinformation climatique au Brésil. Pour moi, c'est un des pires pays, non? Je pensais que c'était pour ça.

Eva Morel:
Que vous l'aviez choisi. En termes de volume, on en a beaucoup, beaucoup en France. Je pense qu'il ne faut pas minimiser le fait qu'on soit très exposé en réalité. Mais bon, il y en a beaucoup aussi qui circulent au Brésil. La Belgique, parce que le gouvernement s'est mobilisé récemment sur le sujet. Et c'est pareil pour la Pologne. Parce que la Pologne est très attaquée par la Russie en matière de désinformation climatique, parce que la Russie a compris que c'était un sujet qui divisait beaucoup l'opinion en Pologne. L'Espagne, parce que le gouvernement est progressiste et que c'est un des rares gouvernements progressistes en ce moment en Europe et qu'ils sont très attentifs à ce sujet aussi.

Eva Morel:
Et l'Allemagne, parce que c'est aussi assez central en termes de mobilisation européenne Et donc on s'est dit que ce serait important de.

Pierre Chevelle:
L'Avoir aussi avec nous. OK, très intéressant. Donc si vous voulez faire un don, c'est défiscalisé à 66 et ben faut aller sur quotaclimat.org, c'est le lien en description. Pourquoi toi ça te tient à cœur de.

Eva Morel:
Faire tout ça, Eva? Je pense que quand on a commencé à travailler sur le sujet, ça me tenait à cœur de trouver des points de bascule en matière de transition écologique et que j'avais pas trouvé le point de bascule sur lequel je pensais que je pouvais avoir un impact. Et qu'en travaillant sur le rôle des médias et du journalisme, je me suis rendu compte que celui-ci, il était d'une part hyper central à ce qui se passait aujourd'hui en termes de points de blocage, et que je pouvais aussi agir à ce sujet. Et depuis plus de 3 ans, on a beaucoup de victoires et donc je suis très heureuse de constater que c'est un bon pari. Honnêtement, c'est beaucoup d'énergie, c'est beaucoup de rapports de force, c'est beaucoup aussi de coups d'épée dans l'eau parfois, mais je suis vraiment très fière de travailler là-dessus. Et je pense qu'avec Quotaclimat, on a mis le doigt sur quelque chose chose quelque qui était encore un relatif impensé de la transition écologique. Et que, et que avec notre action et les victoires qu'on arrive à avoir en France, on peut aussi en inspirer d'autres à l'international. Donc.

Pierre Chevelle:
Ça m'anime vraiment énormément. C'est vrai que c'est un vrai angle mort que vous avez, ou un levier caché, je sais pas comment le dire, mais que que ouais, vous avez décoté. Donc ouais, bravo. Est-ce que tu aurais des anecdotes à nous raconter sur l'impact que Quotaclimat.

Eva Morel:
Climat a pu avoir? Je pense qu'une anecdote intéressante, c'est la mobilisation de la Belgique sur le sujet. On a souvent l'impression que sur les réseaux sociaux, on communique beaucoup surtout dans nos sphères françaises. Mais en fait, en parlant français, on a aussi toute la francophonie qui s'offre à nous. Et donc on communique beaucoup sur LinkedIn, tu l'as dit, on fait des interpellations. Et on a en fait le ministre belge du Climat, le ministre fédéral, qui a vu passer une interpellation et qui s'est dit: «Ah mais c'est intéressant, en fait il y a de la désinformation dans les médias, j'avais pas compris.» Parce que bien sûr, lui, comme il est sensibilisé sur ces sujets, il voit passer des contenus généralement de qualité. Et en fait, il s'est rendu compte de l'ampleur du problème et en fait, il a lancé une mobilisation de son gouvernement sur le sujet de la désinformation climatique. Et donc on va travailler avec eux prochainement. Et ça, pour nous, c'est assez sidérant.

Eva Morel:
En fait, ça montre à quel point on peut aller toucher des décideurs aussi par le biais des réseaux sociaux, par le biais de nos interpellations, par ce qu'on souligne et ce qu'on analyse. Et honnêtement, j'étais assez stupéfaite de notre capacité à avoir ce type de reach, d'impact. Et donc c'est.

Pierre Chevelle:
Très chouette comme victoire. Trop bien, c'est ouf! C'est trop bien comme histoire. Effectivement, je ne l'ai pas dit, mais vous pouvez évidemment suivre Quotaclimatret et Eva du coup sur LinkedIn où elle fait régulièrement des très bons posts qui qui, bah, qui permet de toucher beaucoup de monde. Merci Eva pour tout ce que tu fais. Vous pouvez soutenir donc Quotaclimat effectivement en leur faisant un don sur HelloAsso ou sur quotaclimat.org. Et bah, si cet épisode t'a plu, envoie le lien de ce podcast à un ami, ça m'aide énormément. Ciao Eva, ciao tout le.

Eva Morel:
Monde.