Camille Étienne : Ses stratégies pour gagner des victoires écologiques

Face à l'urgence climatique, la sensibilisation ne suffit plus : il est temps de passer à la stratégie de la victoire. Camille Étienne démontre que l'engagement n'est pas un sacrifice mais une source de puissance collective capable de faire plier des projets industriels massifs. En transformant notre peur en une force politique organisée, nous pouvons passer du constat de l'impuissance à la joie de la réussite concrète.


De la montagne à l'activisme : la légitimité d'une voix engagée

Originaire de Savoie, Camille Étienne a grandi au rythme d'une nature dont elle a observé la fragilité de près. Ancienne athlète de haut niveau, elle a transposé la discipline et la détermination du sport dans le combat écologique. Aujourd'hui figure incontournable de la nouvelle génération de militants, elle refuse l'étiquette de simple "influenceuse" pour revendiquer un rôle de lobbyiste citoyenne. Son expertise ne vient pas seulement des livres, mais du terrain : des blocages d'assemblées générales aux négociations avec les décideurs politiques, elle incarne une écologie qui allie la rigueur scientifique à l'action directe.


Les piliers pour transformer la lutte en succès concret

Pour Camille Étienne, la victoire repose sur une bascule psychologique et stratégique essentielle. Le premier concept clé est celui de la désirabilité de la lutte : il s'agit de redonner au militantisme son caractère joyeux et festif. Contrairement à l'image du sacrifice, l'action collective procure une adrénaline et un sentiment d'appartenance comparables à ceux d'une troupe de théâtre ou d'une équipe sportive.

Le deuxième pilier est la distinction entre l'optimisme et l'espoir. L'optimisme est une forme d'attente passive, tandis que l'espoir est une force qui se cultive dans l'action, même quand les probabilités sont faibles. Enfin, elle prône la diversité des tactiques : il ne faut pas choisir entre sensibiliser et bloquer, mais utiliser chaque talent (juridique, artistique, scientifique) comme un outil de pression ciblé, à l'image du harcèlement créatif qui finit par faire dérailler les projets les plus polluants.

conférence de camille étienne et soif de sens


FAQ : Tout comprendre sur les victoires pour le climat


Est-il vraiment possible de gagner contre des projets industriels massifs ?

Oui, et les exemples sont concrets, comme l'abandon du terminal T4 à l'aéroport de Roissy ou le blocage de pipelines géants. Ces succès prouvent que la mobilisation citoyenne, lorsqu'elle est coordonnée et déterminée, peut rendre certains projets politiquement et économiquement intenables.


Pourquoi Camille Étienne dit-elle que l'espoir est un muscle ?

L'espoir n'est pas un trait de caractère inné mais un état qui se renforce par la pratique de l'engagement. C'est en agissant et en constatant les premiers effets du collectif que l'on sort de la sidération pour retrouver une capacité d'action durable.


Quel est le rôle de la désobéissance civile dans la réussite d'une lutte ?

La désobéissance civile sert à briser le silence médiatique et à imposer un rapport de force là où les mots ne suffisent plus. Elle permet de matérialiser une opposition physique à un projet destructeur, forçant ainsi les pouvoirs publics à prendre une décision politique claire.


Pour approfondir ces stratégies et découvrir comment rejoindre le mouvement, plongez dans l'essai de Camille Étienne, "Pour un soulèvement écologique : Dépasser notre impuissance", disponible en librairie, ou suivez ses actions sur ses réseaux sociaux pour passer dès maintenant à l'action collective.

Transcription intégrale : Camille Étienne et les victoires écologiques

Ce texte est une transcription du podcast Soif de Sens générée automatiquement par un logiciel. Des erreurs peuvent s'être glissées dans le texte. Il est notamment fréquent que la fin d'une phrase soit coupée et apparaisse au début de l'intervention suivante.

Ressentir la puissance du collectif par l'action de terrain

Pierre Chevelle:
Après avoir parlé du sentiment d'impuissance avec la militante écolo Camille Etienne, à l'inverse, voici la deuxième partie de l'interview sur les victoires écologiques, quand on surmonte justement ce sentiment d'impuissance. On a souvent l'impression qu'il faut d'abord être sensibilisé avant d'agir. Moi, de mon expérience, c'est parce que je ne sais pas, j'ai fait une maraude que du coup, ça m'a sensibilisé énormément aux questions des sans-abri. Mais c'est vrai que tant qu'on reste derrière nos écrans, forcément, tout nous semble plus lointain. C'est en militant, je trouve que tu, comme tu dis, que tu ressens la puissance du collectif. Je trouve que par rapport à ce que tu disais tout à l'heure, c'est très dur de décrire un truc qui pourrait s'en rapprocher. C'est peut-être les concerts ou les festivals de musique où tu as ça. ou dans l'espoir, surtout, moi, je trouve.

Camille Étienne:
Si vous avez pu faire du sport, du sport cool.

Pierre Chevelle:
Parce que là, on a une ancienne athlète de haut niveau.

Camille Étienne:
C'est un sport individuel. C'est vrai. Ou alors, il joue au théâtre, dans une troupe de théâtre. Ou quand on fait des petits courts-métrages avec ses amis. Ou quand on fait des grandes randos avec vos potes. Je ne sais pas si vous avez déjà fait ça. Ou dehors, c'est dur, on a froid. Mais en même temps, c'est des souvenirs incroyables.

Camille Étienne:
Et on s'étonne soi-même.

Pierre Chevelle:
Tu t'engages pour ce qui a du sens pour toi. Je trouve ça en militant qu'on découvre des victoires passées, parce qu'on connaît super mal l'histoire de l'acquisition, c'est le bon mot, de nos droits, des victoires passées, que tu réalises aussi que tes adversaires ont beaucoup plus de points faibles que ce que tu crois, que ce qu'ils racontent. Est-ce que tu pourrais nous raconter une des plus grandes victoires écolo auxquelles tu as pu participer ces dernières années, ou dont tu as pu être témoin, celle que tu veux?

Camille Étienne:
Je parle souvent de l'AMN, c'est peut-être pas la plus grande parce qu'elle est en cours, mais c'est une histoire de poèle à frire évidemment.

La victoire contre l'exploitation minière des fonds marins

On a beaucoup participé sur un sujet qui s'appelle l'exploitation minière des fonds marins, et ça pour moi c'était le plus fou parce que j'ai vraiment vu comment on a fait en sorte que, et je dis on parce que c'est vraiment avec plein de gens, c'est toujours une équipe. mais de voir comment on a fait en sorte qu'il y ait 24 pays aujourd'hui qui rejoignent un moratoire, c'est-à-dire qui s'engagent à ne pas toucher les fonds marins pendant au moins dix ans jusqu'à ce que la science soit plus claire.

Pierre Chevelle:
Au niveau européen, c'est ça?

Camille Étienne:
Non, au niveau mondial. On a eu le Canada aussi. Là, on travaille sur les États-Unis. On a eu le Mexique aussi qui avait rejoint, ça, c'était fou. Donc ça, c'était complètement dément parce qu'au début, on avait l'impression d'être David contre Goliath. où l'histoire était assez écrite parce que dans les deux ans, il devait y avoir les premiers bateaux qui partaient exploiter les fonds marins. Et grâce à une alliance, toujours, si peut-être dans le côté mode d'action, mode d'envoi de l'action, pardon, mode d'action, c'est pas mal, c'est toujours, quand je dis étonner la catastrophe, c'est aussi étonner par les liens improbables qu'on peut faire. Il y a un concept en sociologie qui s'appelle les marginaux séquents.

Camille Étienne:
Ça me parle beaucoup parce que c'est l'idée d'avoir une forme de marginalité, donc de radicalité dans ce qu'on va défendre. Là, nous, en l'occurrence, c'était qu'on ne devait pas ouvrir une toute nouvelle industrie, donc on devait complètement annuler l'idée même d'une industrie, exploiter des minerais au fond de l'océan, dans les abysses de manière très profonde. Mais c'est quand parce qu'on allait faire travailler ensemble, créer des alliances, mais qui étaient assez improbables. Par exemple, on a réussi à faire en sorte qu'il y ait les géants des batteries électriques, qui donc étaient les principaux acheteurs de cette potentielle industrie, qui eux-mêmes, avant que les États décident, se mettent ensemble pour dire, mais nous, nous, on ne va pas acheter votre truc. Nous, on ne va pas partir de ça. Pourquoi? Parce qu'on avait mis une pression réputationnelle sur le sujet et que, sachant qu'eux voulaient être des vendeurs de batteries électriques et qu'ils mettaient vachement en avant leur engagement écologique, un peu la flemme d'être associés à ce qu'on vendait comme le plus grand scandale océanique de nos générations. Ce n'était pas du Paris. Donc, ils se sont dit qu'on n'a plus ça à perdre.

Camille Étienne:
Franchement, on n'a pas touché à votre truc. On va plutôt utiliser d'autres choses et essayer de faire des batteries sans ces minerais-là. Donc ça a poussé à l'innovation. Et donc ça, je trouve que c'était super intéressant parce qu'on ne s'attendait pas à ce qu'on travaille avec des gens, des batteries, moi-même y compris. Au début, j'étais là, on est sûr quand même. Et en fait, on les a hacké un peu comme ça. Donc ça, c'était assez cool. Et pareil sur l'histoire des polluants éternels.

Les alliances stratégiques entre scientifiques et militants

Camille Étienne:
C'est ce qui a marché, ce qui est en train de marcher, ce n'est pas du tout fini, mais c'est d'avoir des alliances entre des gens qui pourraient potentiellement avoir peur les uns des autres. Typiquement, les scientifiques sont toujours un peu frileux à l'idée de s'associer à des militants parce qu'il y a cette idée qu'on va les utiliser ou que dans la communauté scientifique, ils vont être moins respectés. Si ils ont des propos dits militants...

Pierre Chevelle:
Tapeurs pour ta carrière, quoi.

Camille Étienne:
Bien sûr, et des tapeurs pour l'image aussi, parce qu'on a quand même, c'est très ancré dans la société, et notamment médiatique, cette idée que quand on est militant, on s'arrange un peu avec les faits. Et en mode, ah oui, mais ils sont militants, donc ils défendent une idée et ils utilisent un peu ce qui les arrange. Ce qui est le plus loin pour moi de la réalité, parce que justement, moi je m'efforce d'autant plus à être irréprochable sur ça et à passer du temps vraiment incompréhensible sur le fond, parce que je sais qu'on doit faire deux fois plus pour convaincre. Bref, et donc ça c'était assez intéressant de savoir qu'on a pu avoir des scientifiques, un par exemple qui était basé à Harvard, qui a un des grands noms des cancers environnementaux, d'un autre qui est directeur au CNRS en chimie et qui est le spécialiste français sur les polluants éternels, et d'avoir ces gens-là qui restaient dans leur rôle, c'est-à-dire qui ne sont pas venus à nos manifs. Ils n'ont pas envoyé de mail à leurs députés, mais juste, ils étaient là pour nous donner, faire ce qu'ils savaient faire, c'est-à-dire nous donner accès à la science et que dès qu'on avait des questions, parce que les industriels nous embrouillaient un peu, on disait merde, on n'a pas compris, mais là, ils nous parlent de trucs de polymère, de monomèbre, mais attends, je n'avais pas ça en tête. Eux, très rapidement, ils pouvaient nous dégainer les arguments, nous expliquer le truc et donc, on avait une flexibilité qui était assez folle parce qu'on était en contact avec vraiment des géants mondiaux sur le sujet.

Pierre Chevelle:
Et eux, ils étaient contents de vous aider ou il a fallu un peu les travailler au corps pour qu'ils comprennent les enjeux?

Camille Étienne:
Non, je le garde en off, mais globalement, ils sont contents. Ce que je dis, c'est que c'est toujours difficile au début pour certains parce qu'on a peur. C'est normal, quand on écoute tous les discours de ce qu'on appelle les scientifiques en rébellion, c'est des scientifiques qui ont décidé de rejoindre, eux, de manière publique, vraiment pour le coup, de faire du militantisme. C'est des débats qui sont beaucoup entre eux, de se dire, oui, mais est-ce qu'on reste à notre place de scientifique ou pas? C'est super intéressant, mais ça parcourt le monde académique. Vraiment, c'est des séismes dans le monde académique de savoir quelle est notre place face. Quand notre objet d'étude est des effondrements du vivant et de la biosphère, est-ce que juste le regarder en le commentant, c'est une place qu'on estime juste? Ou est-ce que se dire qu'on va passer à une forme d'action plus offensive, ce n'est pas au contraire croire profondément en notre propre science?

Pierre Chevelle:
C'est un point hyper important que tu soulèves, de se dire dans nos combats respectifs qu'on choisit, il y a plein d'alliés potentiels cachés qui sont trop chauds, qui n'attendent que ça, qu'on leur propose un moyen d'agir et du coup, qu'il ne faut pas hésiter à solliciter. Il peut y avoir plein de belles surprises de gens qui sont aussi scandalisés et prêts à mettre leurs compétences au service du combat.

Le rôle fondamental des lanceurs d'alerte dans l'industrie

Camille Étienne:
Je parlais des, pour finir rapidement, je parlais des scientifiques, et absolument pas que ça, bien sûr, ça a été aussi, surtout des gens dans l'industrie. Donc ça, c'est tout le rôle des lanceurs d'alerte qui est fondamental. Il faut qu'on les protège, il faut que la loi avance sur ces sujets-là parce que ça permet de, il n'y a rien de plus puissant que des preuves, en fait, qu'ensuite, nous, on envoie à des journalistes d'investigation qui peuvent les attester, etc. Et par exemple, là, on se battait contre les polluants éternels et une des industries qui en bénéficie le plus et qui du coup a été la seule, la plus offensive dans son lobbying pour éviter que notre loi elle passe, c'était le groupe SEM qui détient Tefal et qui est le leader de la poêle en revêtement Teflon. En fait, on a été beaucoup contactés précisément par des employés qui nous disaient mais on n'est pas très à l'aise avec ce qui est en train de se passer, c'est quand même étonnant. Et donc ils disaient voilà, je veux bien vous appeler, vous raconter ou vous donner ce mail qui est passé, qui ne me semble pas très juste On n'était pas très à l'aise, même si on respecte notre entreprise, qu'elle fait plein de choses bien. On travaille dedans depuis 20 ans. En fait, ça ne nous dérange qu'en train de se passer.

Camille Étienne:
Donc, si ça vous arrive, il y a une maison des lanceurs d'alerte qui existe. Vous pouvez envoyer des documents de manière totalement sécurisée. Il y a des juristes qui sont aussi à disposition. Donc, ça peut s'organiser de manière pas folklorique. On peut réellement protéger les lanceurs d'alerte aujourd'hui. Pas assez à mon goût, mais en tout cas, faire en sorte que vous faites avancer la lutte hyper, hyper fort quand il se passe ça.

Dans les coulisses de l'affaire Tefal et des polluants éternels

Parce que, je finis sur ça, par exemple, un des exemples de cette épopée étrange des boulots internels, ça a été que j'ai reçu des mails internes de Tefal qui allaient dans l'entreprise et qui disaient à leurs employés Ok, vous allez perdre votre emploi, donc j'interroge l'emploi. Vous allez perdre votre emploi dans un an si vous ne nous rejoignez pas.

Camille Étienne:
Devant l'Assemblée nationale, dans trois jours, on organise une manifestation. Ne vous inquiétez pas, vous serez payés. Ce qui est drôle, parce que ça n'arrive quand même jamais dans les autres sujets. Les grèves payées, on ne connaît pas trop. Mais donc du coup, en disant, ne vous inquiétez pas pour vos salaires, on a mis à vos dispositions des bus, on va tous partir à 4 heures du matin. Avec le PDG, on va aller se battre pour vos emplois. C'est organisé par la direction. Donc, sur le moment de la manifestation, il y a une journaliste qui dit, oui, du coup, vous avez vraiment fait ça, vous avez organisé vous.

Pierre Chevelle:
Ça vient des salariés, bien sûr.

Camille Étienne:
Non, mais pas du tout. Mais alors, nous, on soutient en tant que patron parce que c'est super, mais vraiment, c'est eux qui ont eu l'idée. Sauf que nous, manque de bol, on avait les mails internes signés par le PDG lui-même qui proposait les bus. C'était un peu en disant, renseignez bien vos identifiants ici si vous voulez avoir une place dans le bus. Donc, c'était quand même assez fou. C'était assez drôle. Et ce que ça m'a permis de faire, d'avoir ça en avance, en fait, c'était aussi de se dire, OK, comment est-ce qu'on peut, quelque part, saper la légitimité sociale de leurs femmes, de leurs fausses manifestations, en essayant de mettre l'écologie contre des emplois? c'était d'aller taper encore plus gros, c'est-à-dire de faire un entretien avec la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, en disant « mais attendez, on n'est pas du tout dupes, on ne se bat pas pour ce type d'emploi-là, ce n'est pas du tout aux employés de payer ce prix-là, je ne vais pas vous faire tout le laïs, mais en train de dire, vous faites déjà des poêles sans polluants éternels, donc on ne vous croit pas, vous n'avez à licencier personne, vous avez juste à ouvrir d'autres lignes de production de poêles en inox, et à fermer des lignes de production de voile avec des polluants éternels. On vous demande juste de vous transformer, pas du tout de disparaître.

Camille Étienne:
Ça nous permettait aussi cette réactivité-là. Donc on a gagné parce qu'on a pu avoir très rapidement, dès qu'il y avait des contre-arguments envoyés par l'industrie, on avait cette.

Pierre Chevelle:
Capacité. Des temps.

Camille Étienne:
D'Avance. Voilà, des temps d'avance parce qu'on avait toujours des alliés improbables pour étonner la catastrophe. C'est plutôt.

Pierre Chevelle:
Pratique.

Pourquoi la désobéissance de masse permet des bascules

Aujourd'hui, désobéir, ça devient vital. C'est quand même incroyable qu'une infime minorité de personnes puissantes arrivent à en soumettre des millions, voire des milliards. À la limite, si c'était pour nous emmener vers un futur cool, OK. Mais eux, ils sont là, appuyons sur l'accélérateur et sautons de la falaise. Et nous, on est là, pas de souci Bernard, appuie sur le champignon. c'est comme si on avait oublié qu'on est beaucoup plus nombreux que ceux qui nous font foncer dans le mur.

Pierre Chevelle:
Alors à ton avis, il se passerait quoi si on désobéissait en.

Camille Étienne:
Masse? Je reprends cet exemple de ce qui s'est passé en Espagne, avec cette révolution, cette grève féministe complètement folle. Et elles ont obtenu des lois très concrètes, des mesures très précises, de solos y así, ça peut être seulement un oui est un oui, sur le consentement, sur le traitement des viols dans les juridictions, etc. Donc, elles ont obtenu des victoires extrêmement concrètes parce que massivement, elles se sont dit là, stop quoi, c'est assez, c'est trop, c'est la godo qui fait déborder le reste. Donc il y a des moments, des endroits dans lesquels, quand ça devient massif, on obtient des bascules. Après, il faut aussi, parmi les idées préconçues qui sont un peu des trappes de la pensée, il y a celle du fait que ça marchera si on est les 50% plus sains. Je ne crois pas qu'il soit un sujet de chiffres seulement. C'est-à-dire que quand on a des minorités très organisées, très stratégiques qui collaborent, on peut obtenir vraiment des changements assez.

Pierre Chevelle:
Puissants. Ce n'est pas le nombre qui fait forcément la.

Camille Étienne:
Puissance. Non, mais rejoignez-nous quand même. Ce n'est pas pour autant qu'il faut laisser quatre pélos gérer tout seul. C'est quand même mieux si on est douze pélos que quatre pélos. Donc c'est évident que le nombre est toujours un allié globalement. Mais en tout cas, c'est juste pour dire, il ne faut pas attendre de se dire, ce n'est pas parce qu'on n'a pas convaincu assez de gens. Si vous voulez lancer une lutte parce qu'à côté de chez vous, il y a quelque chose qui va être artificialisé ou quelque chose qui vous semble injuste, il ne faut pas se dire qu'il faut que j'ai la moitié du village pour que ça marche. Des fois, une minorité très organisée réussit à faire basculer ce qui semble.

Pierre Chevelle:
Impensable. C'est une question de stratégie. Si tu attaques le mur de la forteresse à l'endroit où il est plus solide plutôt que d'essayer de crocheter la serrure, forcément, tu as moins de chances d'être efficace. Je trouve que notre imaginaire de victoire est assez pauvre, alors qu'il y en a eu tellement dans l'histoire et même ces dernières années. Je voudrais en remettre une couche, parce que toi, j'imagine que tu en as connaissance de plat, alors qu'en public, peut-être un peu moins. Est-ce que tu aurais un deuxième exemple de victoire suite à une mobilisation citoyenne qui t'a touché ces dernières.

Camille Étienne:
Années? Là, à l'international, pas mal. Il y a des Brésiliennes qui ont réussi à se battre en Amazonie. C'était assez fou.

L'exemple de l'A69 et la protection des espèces

Mais on peut parler, pour le coup, de l'A69. Je trouve que c'est un exemple très local dont on a relativement entendu pas mal parler. Et en fait, ils ont réussi là récemment en trouvant avec des naturalistes. Encore une fois, moi, ça me fascine de creuser sur... C'est des choses improbables des fois qui se passent, mais qui font arrêter des projets énormes.

Camille Étienne:
Là, en l'occurrence, c'est des naturalistes qui ont identifié une forme d'oiseau. C'est une mésange.

Pierre Chevelle:
Bleue, une espèce.

Camille Étienne:
Protégée. avec le fait qu'ils aient réussi à constater la présence de cette espèce protégée, de l'envoyer à des gens du muséum d'histoire naturelle qui ont pu dire, oui c'est une mésange bleue, oui c'est très important, c'est une key species, donc c'est une espèce vraiment clé dans l'écosystème, donc sa seule présence fait que toute cette zone peut être classée comme zone à fort enjeu écologique et donc, ça devient illégal l'abattage d'arbres à cet endroit. Et donc ce qui est illégal, c'est plus des gens qui sont en haut d'un arbre à plus bouger. Ce qui est illégal, ça devient l'État. C'est-à-dire que la construction de l'autoroute désobéit à la loi. Et donc ça, c'est assez dément parce qu'avec des choses qui paraissent improbables, la présence d'un oiseau qui a fait qu'on a pu obtenir, là, l'arrêt des travaux. Alors encore une fois, ce n'est pas fini. Il faudra plein de choses comme ça qui se passent.

Camille Étienne:
Peut-être que ce sera des procès. Peut-être que ce sera un immense week-end de désobéissance qui fera qu'ils se diront bon, allez, on n'en peut plus, on arrête. Il peut y avoir plein, plein, plein de choses qui se passent. Mais parfois, c'est des choses très improbables qui font arrêter des projets qui semblaient immuables. Et ça, c'est à garder en.

Pierre Chevelle:
Tête. Est-ce que tu peux nous parler un peu plus du côté de l'adversaire, on va dire? Comme nous, on a souvent l'impression que c'est effectivement Goliath en face. Et qu'en fait, des fois, en étant juste quelques centaines, en fait, ils tremblent. Est-ce que tu peux nous raconter un peu des coulisses de ce genre de situation? Ou avec peu de monde, tu peux quand même changer leur plan, en tout cas les faire douter, leur faire avoir peur tout simplement. pour qu'on prenne plus conscience, parce que nous, de notre côté, on a l'impression qu'ils sont immuables et peut-être au dernier moment, OK, ils vont accepter de nous concéder quelque chose. Mais on ne voit pas le fait qu'eux, ils ont peur, que eux, leur réputation, c'est hyper important parce que jusqu'au bout, moi, je suis persuadé qu'il y a énormément de victoires qu'on n'a pas eues parce que nous, on s'épuise, on donne tout ce qu'on a et eux, ils protègent la face. Ils font genre ils sont invincibles et que nos demandes sont illégitimes, etc. Et qu'en fait, si on avait continué, je ne sais pas, deux semaines de plus, ils auraient craqué parce qu'ils se posent la question depuis le début de OK, à partir de quand est-ce qu'on.

Camille Étienne:
Cède? Par exemple, sur les fonds marins, il y avait donc une entreprise canadienne qui était The Metal Company. C'était la plus grande compagnie minière qui voulait commencer. On s'infiltrait dans les Zooms, parce qu'ils ont envoyé ça publiquement en disant « rejoignez-nous ici », mais c'était tellement nerd que personne n'y allait. Avec des investisseurs, c'était une sorte de réunion un peu publique pour les investisseurs. Donc nous, on rejoignait les Zooms et dans le chat, on posait des questions en disant qu'on avait des articles scientifiques en montrant à quel point c'était horrible, à quel point il y avait déjà plein de pays qui avaient rejoint. la moratoire, que donc ça n'allait pas se faire. Donc on a vu très concrètement, déjà la tête c'était très très drôle, on se prenait des beaux sourires. Vous voyez la tête des dirigeants qui étaient là en mode qu'est l'enfer ce truc.

Camille Étienne:
Et ça a pris des proportions si bien qu'en fait ils ont, pas juste avec ces zooms là, mais avec tout ce qu'on a fait autour, Ils sont faits virer du Nasdaq, ils ont été décotés en bourse et ils ont perdu tous leurs principaux investisseurs. Donc, ils sont à ça de disparaître. Là, on a vu aussi le cours de la bourse de Seb. Il a pris un bon petit cours récemment. C'était assez drôle pour mesurer. On peut voir comment ça touche. Et en fait, beaucoup, pour eux, ça, c'est l'élément clé parce que c'est ce qu'ont regardé leurs investisseurs. Donc, ils vont se dire, c'est quoi ce truc?

Briser la confiance économique : l'impact sur les investisseurs

En fait, il faut se dire une chose aussi, c'est que la confiance en l'économie, C'est tout.

Camille Étienne:
Tout tient et repose sur la confiance. C'est aussi simple que ça. C'est la première chose qu'on apprend.

Pierre Chevelle:
En école d'économie. Vous ne saviez pas que vous auriez un cours.

Camille Étienne:
D'Économie ce soir? Non, mais c'est que quand on a un billet de 10 euros, il vaut 10 euros parce que vous et moi, on consent à ce qu'il vaille 10 euros. Si moi, je ne dis pas 10 euros et je vous regarde en disant non, tant pis. Vous allez faire quoi avec votre cajou de tomates? Ça ne marche plus. Donc, quand on rompt la confiance, et d'ailleurs, ces industries-là, elles font tout pour acheter de la confiance. L'idée, par exemple, des influenceurs, d'influence marketing, de la publicité, c'est pour créer une sensation, un sentiment de confiance, d'identification à cette marque et que cette personne morale rentre dans nos vies pour qu'on lui fasse confiance et qu'on ne se méfie plus. Donc nous, quand on va rompre cette confiance-là en disant mais attendez, depuis des années, ils nous ont empoisonnés avec des produits toxiques alors qu'ils savaient que c'était toxique. On s'attaque au cœur de ce qui leur fait mal et ça se répercute directement sur leurs résultats financiers. Et donc, les investisseurs quittent et souvent on affaiblit réellement des entreprises.

Camille Étienne:
Il s'est passé des choses assez folles sur ça. Sur les fonds marins, ça a été assez fou. Sur les pipelines en Ouganda aussi, on a fait en sorte qu'il y ait plus de 20 banques et 20 assurances qui désinvestissent. qui disent je ne vais pas m'associer à ce projet de Léo Duc, énorme, et donc du coup ils ont quitté le projet et donc eux ils ont du mal là à trouver, le projet a pris plus de 4 ans de retard parce qu'ils n'arrivent pas à boucler financièrement, ils ne trouvent plus de banque, ils ont envie d'associer leur nom à ce projet-là, donc le projet prend.

Pierre Chevelle:
Énormément de retard. Qu'est-ce qui fait que chaque banque, elle dit « non, en fait, c'est trop casse-gueule, je n'y vais pas ». Est-ce que c'est parce que vous allez les voir en bas? Est-ce que c'est faire.

Camille Étienne:
Du bruit dans les médias? On a fait plein de choses, tout, et on ne pourra jamais savoir quoi précisément, et ce n'est pas grave, on s'en fout de savoir ce qui a marché et ce qui n'a pas marché.

Infiltrer les assemblées générales et les séminaires privés

Mais moi, j'ai pris des actions dans ces banques. Donc, j'ai une action chez BNP, j'ai une action chez les sociétés générales, j'ai une action chez AXA. Je suis devenue actionnaire avec une seule action, mais tu peux aller aux assemblées générales, tu peux poser une question devant tous les autres actionnaires. les top management, les 10 gars qui gèrent cette banque-là ou cette assurance-là, et donc leur poser des questions en disant, attendez, vous nous avez fait un super beau PowerPoint de tous vos engagements écologiques, et du coup, je ne comprends pas, vous allez vous associer au plus grand oleoduc chauffé au monde, là? C'est-à-dire que vous allez le rendre possible? Alors que vraiment, il y a un consensus scientifique extrêmement fort sur le fait que ce n'est quand même pas ce qu'il y a à faire de mieux en ce moment que d'ouvrir des bombes climatiques. Et donc là, vous allez vraiment faire ça. Donc eux, leur coût de rejoindre ce projet-là devient plus grand et donc ils finissent par céder. Donc c'était assez génial.

Camille Étienne:
On a eu des prix, on a fait du lobbying interne avec ces PDG-là, on a organisé plein de choses avec des gens à l'intérieur des entreprises, des employés eux-mêmes qui étaient assez en colère.

Pierre Chevelle:
Donc ça, c'était assez puissant. Du coup, maintenant, dans toutes les AG du CAC 40, il y a ta tête qui se régule pour que le VIGI vérifie que tu n'entres pas. Ah bah je.

Camille Étienne:
Suis sûr que c'est vrai. Je rigole, mais c'est le gâchet Total. Les autres, on m'a pas dit, mais.

Pierre Chevelle:
Chez Total, oui, je sais. Mais ce qui est génial, c'est qu'il y a de plus en plus de personnes qui ont peut-être des visages moins célèbres.

Camille Étienne:
Qui font la même chose. On l'a utilisé justement aussi parce qu'en fait, bon, à ce moment-là, on faisait donc la stratégie du moussique. Et donc, en fait, à chaque fois qu'on avait, du coup, on voulait vraiment afficher Total sur cette pipeline-là. Et donc, il y a des gens qui nous envoient des messages en disant Coucou, je n'ai jamais fait d'activisme, mais là, je suis serveuse. C'est vraiment passé. C'était une fille qui m'a dit je suis serveuse dans un restaurant en Suisse et il se trouve qu'il y a une table réservée au non total qui font un séminaire un peu chez nous. Bon, moi, je ne vais pas aller faire la révolution, mais si tu veux, je peux te dire la table, l'heure où ils viennent, laisser la porte de derrière ouverte. Après, tu fais ce.

Pierre Chevelle:
Que tu veux.

Camille Étienne:
Tu devrais. C'est trop stylé! Et donc, moi je fais une cerise en coucou, est-ce qu'il y a des activistes en Suisse pour un truc un peu étonnant? Donc pareil, il y a des filles qui n'avaient jamais fait d'activistes, qui disent bon ben on est en Suisse, on a le temps demain, dis-moi. Et donc elles se sont, elles m'ont appelées depuis les toilettes pour me dire, t'es sûre qu'on fait ça? Parce que c'est quand même vraiment horrible et j'ai trop peur. Non t'inquiète, vraiment tout va bien. et elles se sont infiltrées dans la réunion juste en les dissuptant, en étant juste, en les dérangeant, en étant le caillou dans la chaussure. Ça peut paraître anecdotique, mais c'est juste que dites-vous qu'à chaque fois que vous êtes en représentation publique, avec des investisseurs, avec des gens qui vous... Vous avez des gens qui viennent comme ça vous parler, vous mettre face à l'horreur de ce que vous êtes en train de faire, ça recalme quand même. Il y a un moment donné où la peur, elle change un peu de camp, et la honte aussi, surtout, elle change de camp.

Pierre Chevelle:
Donc ça, c'était assez drôle. Ah, c'est génial. Si jamais t'as d'autres anecdotes, n'hésite pas, mais moi, je me régale et ça rend le truc beaucoup plus humain et concret et ça incarne parfaitement ce que tu dis à partir de là où vous êtes et que ça pourrait être lancé hors d'alerte ou si vous voyez une story de Camille qui propose des trucs qui correspondent à où vous êtes ou quoi, allez-y.

De l'inaction à la stratégie criminelle des multinationales

T'écris qu'il faut arrêter de parler d'inaction climatique quand certaines multinationales agissent délibérément pour détruire le vivant et mènent des stratégies pour étouffer le soulèvement et retarder l'action. Alors ça a sûrement été progressif. Voilà, coucou le mythe du déclic. Mais est-ce qu'il y a eu un moment plus qu'un autre où tu as arrêté de te dire qu'une partie des dirigeants économiques et politiques n'étaient pas juste incompétents, mais en fait, criminels? Ça m'énerve de dire ça parce que ça sonne ultra binaire et anticapitaliste. C'est marrant parce que c'est un mot qui était un gros mot il y a quelques années, qu'il est de moins en moins.

Pierre Chevelle:
Mais... Je trouve que le grand public est encore un peu dans cet entre-deux de passer de « c'est la faute du système » à… En fait, il y a des entreprises qui choisissent consciemment, par exemple pour le téflon et les polluants éternels, de nous empoisonner. Et il y a des gens qui votent des.

Camille Étienne:
Lois pour leur permettre que ça continue. Pour moi, c'est l'histoire. Vraiment, c'est extrêmement simple. En fait, il faut regarder ce qui s'est passé, c'est tout. Quand on lit, plutôt que de regarder des théories et des gens qui vont vous dire qu'en fait, ils savaient, juste regarder ce qui s'est passé dans l'histoire. Je trouve que c'est assez éclairant, en fait. Quand on commence à étudier l'histoire de l'industrie fossile, cette fameuse... On parle du tobacco effect.

Camille Étienne:
Donc, c'est ce qui s'est passé avec l'industrie de la cigarette. Et en fait, ça s'est passé avec l'industrie du pétrole et ça s'est passé avec l'industrie des polluants éternels. Et en fait, ça s'est passé avec énormément d'industries. Donc, il y a Stéphane Aurel, qui est une journaliste au service Enquête du Monde, qui est spécialiste des polluants éternels. Et elle me raconte ça et je trouve ça incroyable. Je me dis, mais juste. j'ai demandé à des historiens spécialisés de ces grands industriels. Si une fois dans l'histoire, c'était arrivé que quand ces industriels avaient été mis au courant de la toxicité dans leurs produits, ils décident d'eux-mêmes, sans que des pouvoirs publics leur demandent, ils décident d'eux-mêmes de le retirer du marché.

Camille Étienne:
Elle me dit, parce que les gars, c'est pas les premiers militants, c'est des historiens, donc ils se disent bon, Et ils ont réfléchi dans un silence de plomb pour dire non, c'est juste jamais arrivé. On n'a pas d'exemple concret en fait. On ne peut pas vous donner là d'exemples de moments où ça s'est passé. Donc, c'est juste qu'à partir de ce moment, on se dit ça. On se dit que quand l'arbitrage historique a toujours été celui, non pas d'une jouissance d'empoisonner les gens, mais juste un arbitrage économique et de dire franchement, économiquement, le coup d'arrêter ça, alors que ce n'est pas encore vraiment un scandale et que ce ne sera peut-être probablement pas et si on est bon, ça pourra rester longtemps sur les radars. Économiquement, c'est tellement intéressant. qu'on va continuer à le faire. Et parce qu'il y a un principe de concurrence, si nous on arrête alors que ça ne vient pas d'en haut d'une réglementation, ça va être l'enfer en fait.

Camille Étienne:
On va juste perdre des parts de marché. Donc, on va juste ne pas le faire. Et d'ailleurs, quand il y avait des auditions, ce qu'on appelle à l'Assemblée nationale, sur l'histoire des polluants éternels, ils ont auditionné notamment l'industrie textile et l'industrie des cosmétiques, et eux-mêmes ont dit « mais nous on est prêts, vraiment dès demain, on peut arrêter ». On peut arrêter les polluants éternels, mais juste qu'on ne va pas le faire si ça ne vient pas d'une réglementation, parce que si nous on arrête tout seul et que les autres à côté le font, c'est juste pas possible pour nous. Donc s'il y a une loi au niveau de l'État qui dit qu'en France il n'y a pas de polluants éternels, ok, nous on est prêts à le faire, on a des alternatives, on peut faire sans. Donc ils demandaient presque une régulation. C'était étonnant, mais c'est ce qui se passe dans certains endroits. Donc oui, je dirais, peut-être pour se rendre compte de ça, c'est liser des livres d'histoire qui parlent de ça.

Camille Étienne:
Il y en a des assez démons. Il y a Mikael Correa ou Stéphane Foucard qui travaillent beaucoup sur l'industrie fossile. Mais sur les histoires des polluants éternels, il y a même un film qui s'appelle « Dark Waters » qui raconte très bien ça. C'est inspiré d'une histoire vraie, d'un avocat américain qui s'appelle Robert Billotte, qui nous a beaucoup aidé ces derniers mois dans ce bataille contre les polluants éternels. Et en fait, ils montrent juste à chaque fois, quand on avait accès aux documents, exactement comme l'on fait l'industrie du tabac. On fait, je le répète, mais parce que s'il y a une seule personne qui n'est encore pas au courant, je pense que c'est important de se rendre compte. On fait des business models quand on va faire une grande entreprise de cette ampleur. Je ne vous parle pas d'une petite boîte, c'est des industries multinationales.

Camille Étienne:
Elles se disent, on va savoir combien de temps ça va durer, savoir si le pari qu'on fait, il va pouvoir nous assurer un profit assez longtemps. Et donc, ils font des projections. Et ce qui se passe à ce moment-là, c'est que généralement, on se rend compte qu'ils embauchent des gens assez doués. La toxicité des polluants internels, on l'a apprise pour la première fois via l'industrie elle-même. On a retrouvé des documents, pas moi, mais il y a une étude qui s'appelle « The Devil They Knew ». Et en fait, ils montrent que dès les années 50 même, ils se sont rendus compte de la toxicité de ces polluants-là, parce qu'il y avait aussi des travailleurs qui commençaient à avoir beaucoup de cancers, il y avait des femmes enceintes qui faisaient beaucoup plus de fausses couches que dans le reste de la population. Donc, ils ont étudié ça, ils se sont rendus compte de la toxicité, comme l'entreprise du tabac s'est rendu compte de la toxicité de la cigarette. Donc, ce qu'ils ont fait, c'est qu'au lieu de continuer à dire « c'est bon pour la santé », Quand ça a commencé un tout petit peu à sortir, ils se sont dit, OK, ce qu'on va faire, c'est qu'on va brouiller les pistes globalement.

Camille Étienne:
Dans les polluants éternels, c'est de dire, oui, mais il y a plusieurs sortes de polluants éternels. Celui-là, ça va. Celui-là, tu utilises des mots compliqués pour bien sûr mettre à distance. Plus c'est complexe. moins les gens vont s'intéresser et donc on s'assure qu'ils ne prennent pas position de ce sujet. Créer le doute sur l'industrie du tabac, par exemple, c'était de surfinancer des études qui étaient des vraies études, avec des vrais chercheurs qui trouvaient des vraies infos, qui étaient par exemple que la peinture blanche des murs, une forme de peinture blanche, donnait aussi un cancer du poumon. Et donc c'était vrai que ça donnait un cancer du poumon, mais juste proportionnellement beaucoup moins. C'était une infime partie des cancers du poumon.

Camille Étienne:
Et donc, ce que ça a créé ensuite, c'était de dire, ah, s'il y a plein de gens qui font de la recherche parce que c'est celle qui est financée sur les cancers du poumon liés à la peinture blanche, c'est qu'en fait, la cigarette, c'est juste un parmi d'autres. Donc, il faut bien mourir de quelque chose. Tout donne le cancer du poumon. Bon, vous n'allez pas nous emmerder sur la cigarette puisque le reste. Donc, en fait, on noie le responsable. L'industrie fossile a fait la même stratégie. L'épiphase a fait la même.

Pierre Chevelle:
Stratégie. Donc, c'est intéressant de voir ce mode opératoire qu'on retrouve pour protéger une industrie. faire diversion. On parle beaucoup d'idées, mais assez peu de stratégies dans l'écologie, alors que je trouve que c'est essentiel. Sachant que vous, vous êtes une équipe minuscule, alors avec des alliés d'opportunités à gauche sur les réseaux sociaux ou des chercheurs en haut, mais qu'il y a mille.

Camille Étienne:
Combats à mener. Comment est-ce que toi, tu choisis les sujets sur lesquels tu bosses?

Pierre Chevelle:
Ils sont tout le temps.

Camille Étienne:
Dans le jeu, ils répondent très rapidement. C'est très déceptif. C'est une interview très originale. Non, non, je vais pas sur ça. Je dis juste qu'en fait, C'est très déceptif comme réponse parce que c'est juste ce qui me plaît. Donc, ce n'est pas du tout... En fait, je ne sais pas faire, parce que je me connais, je ne sais pas. Quand je vous parle de Vortex, c'est que vraiment, en effet, pour mon essai combat qu'on mène, il y a des grosses lignes, il y a des moments où on n'a aucune vie privée, où on est vraiment dans un truc où on se donne totalement les moments avant les votes ou avant...

Camille Étienne:
ou avant des grandes actions et tout, il faut quand même que ça nous passionne un peu parce que sinon on pète un câble quoi. Moi si ça ne me passionne pas, je serais incapable de faire ça. Donc du coup je vais sur des sujets qui me bouleversent, c'est tout. Et si je vais pas sur un sujet, ça veut pas dire que j'en ai rien à faire. C'est juste que je suis aussi consciente que soit je peux décider de papillonner, de juste allumer des feux comme ça et puis après d'aller voir d'autres choses, soit je peux décider, et ça peut être une solution, je ne dis pas que ce n'est pas bien, mais je ne sais pas ce que j'aime faire, soit je peux décider d'aller vraiment au bout des sujets que je défends, et ça c'est plus ma personnalité, donc je préfère me dire, j'entends parler, on parle des polluants internels, il y a des scientifiques qui me parlent de ça, qui me parlent des fonds marins, Comment est-ce qu'on fait pour faire en sorte que ça change? Et ça va prendre des mois. Là, on en a parlé récemment, mais nous, ça faisait deux mois qu'on était sur le sujet avant où je ne faisais pratiquement rien d'autre que ça pour préparer, vraiment avoir cinq coups d'avance pour quand ça sort, on est prêt, on lâche des bombes. Donc moi, j'aime bien ce mode de fonctionnement-là. Et donc ça, ça nécessite un temps incompréhensible de travail.

Camille Étienne:
de fond, qui fait que je ne peux pas pendant ce temps aller parler de tous les sujets écologiques du moment ou aller sur toutes les luttes du moment, mais c'est extrêmement facile pour moi comment je gère ça, c'est-à-dire avec la compréhension du fait que je ne suis en rien et remplaçable. Donc à partir du moment où moi je ne suis pas sur une lutte, ça ne veut pas dire qu'elle n'est pas importante, ça veut juste dire que d'autres le font. Et quand j'étais En plus, au moment des fonds marins, c'était dans des négociations internationales pour se battre sur le moratoire, dans des trucs très relous. C'était pile pendant les mégabassines. Donc, j'avais une espèce de faux mot qui est un gros verreau, puisque vu la violence que c'était, c'est un peu dur de dire le mot faux mot. Mais en tout cas, mes amis étaient là-bas. J'avais tous mes potes d'activistes qui étaient à cet endroit-là et j'avais envie aussi de... de les soutenir, d'appartenir à ce truc-là.

Camille Étienne:
Donc, il y a des moments où on fait des choix, mais comme tous les choix, c'est choisir, c'est renoncer. Donc, ce qui était puissant, c'est que je me disais, OK, on se répartit le travail. Et ça, c'est super rassurant de se dire, OK, vous, vous gérez ça trop bien. Je vous donne de la force dès que je peux sur des trucs. Vous me donnez la force dès que vous pouvez sur les sujets sur.

Pierre Chevelle:
Lesquels nous, on travaille. Et on se répartit un peu comme ça les sujets importants. Trop bien. J'imagine que ce n'est pas non plus un hasard si vous lancez une campagne contre les polluants éternels, l'épiphase deux mois avant un vote important. Le timing d'une loi, par exemple, c'est super important, mais ce que je me dis, d'un côté, il y a un effet de surprise pour surprendre les lobbyistes et les élus, et de l'autre côté, même si c'est un sujet qui est connu de longue date, peut-être beaucoup moins du grand public, il y a ce côté de « on vient d'apprendre cette information, là on est encore dans l'énergie de la révolte et du coup il y a un vote, c'est beaucoup plus facile de.

Camille Étienne:
Se mobiliser que si on l'avait appris il y a trois ans et que ça traînait ». Oui, en même temps, il y a des fois où, par exemple pour les fonds marins, on a créé une temporalité réglementaire, c'est-à-dire qu'on a fait en sorte que ce soit voté au Parlement européen, au Parlement français, ils ont voté une résolution à l'Assemblée nationale. Je veux dire, on n'est pas toujours obligé de se laisser dicter le temps. Quand j'y reprends, on repart sur le temps. On n'est pas toujours obligé de se laisser dicter le temps par les groupes politiques de l'Assemblée. Il y a des moments aussi, c'est un énorme sujet, ils vont avoir envie de faire leur coup et de légiférer sur ce qui fascine la jeunesse, ce qui fascine la société en ce moment. On peut en poser des sujets, vraiment. Là, il y a une commission d'enquête qui va être faite sur les violences sexuelles dans le cinéma.

Camille Étienne:
On n'a pas attendu que des élus décident d'ouvrir des débats là-dessus.

Pierre Chevelle:
Pour faire éclater des scandales. Donc en fait, bon, on a. Je crois que ça se répond. Est-ce que tu aurais des anecdotes à nous raconter sur l'impact que ton engagement a pu avoir? Je ne sais pas si tu penses à d'autres histoires.

Camille Étienne:
Qui t'ont marqué, des gens que tu as rencontrés, des lecteurs, des messages que tu as reçus? C'est trop méga lourd de vous dire, oui, alors nous, on a fait des trucs. Je ne peux pas vous dire que moi, ce que vous avez changé. Mais non, mais l'activisme en soi, ça, je trouve ça fascinant de voir ça. Si c'est drôle, ce qui me met toujours plaisir, c'est quand ça met le.

Pierre Chevelle:
Bazar en interne. Ça, j'avoue que ça, c'est mes petits.

Camille Étienne:
Moments où ça me fait très plaisir. Dans ta bio Insta, tu peux mettre fouteuse de bordel. Là, il y a des moments où je me dis, ils n'ont pas beaucoup dormi le week-end de Pâques. C'était pendant le week-end de Pâques, ce n'était pas très sympa. Mais j'avoue, je me suis dit, hop, allez, vendredi soir, ça, c'est fait, ils vont passer un bon week-end maintenant. On lâche ce petit scandale du mail interne avant. Ça, c'était drôle. Non, mais c'était de voir, en fait, comment, quand des gens nous racontent de l'intérieur, comment ça se passe, parce que nous, on ne se rend pas du tout compte, des fois, du bazar qu'on met.

Camille Étienne:
Mais vraiment, collectivement, en fait, vous n'avez aucune idée, parce qu'ils sont quand même coachés par des communicants de gestion de crise dont le but est de garder la face et de répondre par le silence, sans croire que tout va bien et tout ça. Et juste, quand on voit après, des fois, ou quand on nous raconte le bazar que ça met en interne et les dissensions aussi, parce qu'une entreprise, c'est pas genre une entreprise. Il y a des gens comme vous et moi qui travailler parfois à des postes totalement différents. Ça va être des discussions de la machine à café. Il y en a qui vont être assez énervés de ce que font leurs directions. Ça peut aller loin même parfois. Donc ça, c'est.

Pierre Chevelle:
Juste que ça me fait beaucoup rire. C'est un peu nul, mais ça me fait beaucoup rire. Bah non, c'est pas nul, c'est trop stylé. Et en termes d'engagement de personnes qui te suivent, évidemment, c'est pas pour dire... Moi, je pense que tout le monde peut inspirer tout le monde et que du.

Camille Étienne:
Coup, ça crée des réactions en chaîne incroyables. Est-ce qu'il y a des anecdotes marrantes de témoignages? On a beaucoup de... Là, j'adore, maintenant, c'est ridicule, mais avant, quand je revenais de Norvège et tout, on était allés se battre sur l'exploitation minière des fumars en Norvège, on était sur des bateaux trop stylés, tout ça. On allait nager dans l'eau froide, glacée. Donc là, quand des fois, les gens me reconnaissaient, ils me disaient « Ah, wow, t'es la fille qui est allée sur des voiliers de pirates en Norvège. » Là, maintenant, on m'arrête dans la rue pour me dire « Tu serais pas la meuf des poils, toi? » Et franchement, à quel moment j'ai fait des mauvais choix pour avoir ce glow down comme ça? Mais donc, ce qui est super drôle, c'est que j'ai tous mes potes qui me détestent parce qu'ils ont jeté leurs poils et que maintenant, ils ne savent plus quoi faire. Du coup, je passe pas mal de temps pour les remercier, à aller acheter des poils en inox pour offrir à mes quelques potes. Donc, des fois, je vais dans les magasins de cuisine et vraiment, j'arrive en star en mode genre, bonjour, ça se passe bien les ventes de poils en inox en ce moment et tout? Ils disent, mais oui, mais c'est la folie, c'est trop bizarre, qu'est-ce qu'il y a? C'est la...

Camille Étienne:
Donc ça me fait trop rire. Là, on passait devant nos bureaux, on passe devoir un biocop et ils ont mis dans la vitrine, il y a les poils en inox. Je me suis dit, je suis genre, qui fait ça? C'est pas du tout quelque chose qu'on met d'habitude en avant en argument de vente. Donc ça, ça me fait très rire. On a plein de marques de poils aussi qui nous contactent en disant, en poils en inox, en mode, vraiment, on peut vous en envoyer, merci et tout. Donc ça, c'est très drôle. Je pense que je suis à ça du.

Pierre Chevelle:
Fait qu'on va nous accuser de travailler pour le lobby de la poils en inox, je.

Camille Étienne:
Pense. Ça va arriver vite. Camille redresse l'économie. Mais.

Pierre Chevelle:
J'Avoue, là, je suis une boîte qui fait des poêles en inox. Là, ils sont au max. Ils sont très contents. Parce que je me dis, par rapport à ce que tu disais tout à l'heure, sur les industries, une fois qu'on le... Enfin, potentiellement avant qu'on les mette face à, je sais pas, l'amiante ou d'autres problèmes, l'épiphase, ce serait incroyable qu'il y ait un leader industriel qui dise de lui-même, ben en fait, on a vu qu'il y a ce problème, effectivement, on n'est pas parfait.

Camille Étienne:
Est-ce que, comme tu disais tout à l'heure, est-ce qu'on pourrait faire passer une loi pour accélérer le truc de fou? Le problème étant que le doute n'est pas accepté dans cette société. On doit montrer la force et le fait qu'on sait. Donc, c'est assez intéressant de voir ça dans les réponses des politiques, de se dire qu'ils vont préférer garder la face par une absence ou un mensonge que d'assumer qu'on ne sait pas. Il y avait une étude qui avait été faite dans la gestion de la pandémie du Covid où, justement, les quelques dirigeantes, parce que pour le coup, les trois cas, c'était des femmes en Nouvelle-Zélande, en Finlande aussi, et qui ont montré qu'elles étaient premières ministres, aux présidentes, de dire, je ne sais pas ce qu'on est en train de traverser, c'est absolument terrifiant, ou avec leurs mots, mais en disant, on va tâtonner, pour tout vous dire, il se passe un truc, on n'a pas encore toutes les informations, on ne sait pas vraiment ce qui se passe, juste ça va être probablement un grand bouleversement dans notre pays, on va avancer ensemble. Et le fait de reconnaître une vulnérabilité, d'assumer un doute, ça rend totalement légitime ensuite la possibilité de changer de cap politique. Et ça fait aussi qu'elles avaient inclus beaucoup plus de processus démocratiques dans les décisions, c'est-à-dire que très tôt, elles avaient convoqué des formes d'Assemblée citoyenne pour dire bon ben voilà, Qu'est-ce que vous pensez de... Qu'est-ce qu'on fait en fait? On confine, on ne confine pas, on fait des masques avec des gens très différents, mais juste pour prendre le pouls de la société qui se sentait beaucoup plus impliquée dans le processus de décision et donc qui acceptait beaucoup plus des mesures, y compris des mesures qui étaient contradictoires, parfois avec des mesures d'avant. Et les résultats, c'est les pays qui.

Pierre Chevelle:
Se sont le mieux sortis avec le moins.

Camille Étienne:
De morts.

Pierre Chevelle:
Très concrètement. Donc ça, c'est intéressant aussi de pouvoir le constater. Carrément. Du.

Camille Étienne:
Coup, on dit merci au Pas-de-Querquerre. Oui, pardon. pouvoir dire, oui, j'ai fait une erreur, oui, je ne sais pas tout. Mais donc, c'est absolument pas ce que fait, pour répondre à ta question, les industries, dans le sens où là, ça voudrait dire... Imaginez, c'est impossible. Ça voudrait dire que les géants de l'industrie des problèmes internels devraient dire, désolé, bon, on sait, on vous a empoisonné depuis des années, ça vous donne des cancers, ça vous empêche de vous reproduire. Mais bon, la bonne solution, est-ce qu'on ferait pas une petite loi? Enfin, c'est impossible d'imaginer ce moment.

Pierre Chevelle:
Ça me paraît très lunaire, en fait. Ça voudrait dire rompre d'eux-mêmes la confiance qu'ils ont mis si longtemps à.

Camille Étienne:
Acquérir. Mais si t'es sûr que le scandale, il arrive, c'est ce qu'on apprend aux enfants, faut avouer à moitié pardonner. Ce qui joue en notre faveur, pour l'instant, je pense, c'est leur mépris. C'est-à-dire que vraiment, je pense qu'ils nous... Ils nous croient comme des petits activistes écolos qui mangent des graines en faisant des stories. Moi, ça me va. Franchement, c'est dire que je préfère, et j'en joue vachement, mais je préfère qu'ils ne se rendent pas trop compte du lobbying politique qu'on fait, de à quel point on passe des heures à rencontrer plein de députés, à donner des arguments scientifiques, à contrer.

Pierre Chevelle:
Leurs attaques. Je préfère très bien qu'ils me prennent pour quelqu'un d'un peu naïf, parce que comme ça, ils s'organisent moins. Mais je pense que même en termes d'image, je ne suis pas sûr qu'il soit forcément perdant, même si évidemment, je doute bien qu'il ne le ferait jamais. Mais si tu te dis OK, on se rend compte qu'il y a un problème et on va prendre les devants et du coup, on va être leader et dénoncer le problème dans toute l'industrie, potentiellement mettre nos concurrents à dos. Mais du coup, dire en fait.

Camille Étienne:
La nouvelle direction vers laquelle serait plus éthique d'aller, ce serait ça. En vrai, tu deviens un leader de l'éthique, quoi. Ils l'ont su trois ans après avoir créé cette molécule. Donc c'est dire pardon, ça fait 60 ans qu'on ne vous l'a pas dit.

Pierre Chevelle:
Mais on le dit. Donc du coup, maintenant, c'est bon? Vous ne nous en voulez pas? Ça serait un peu dur. Yes. Merci Camille. Faites un max de bruit pour Camille, s'il vous plaît. Petit bonus, la semaine prochaine, il y aura un troisième et dernier podcast avec Camille Etienne, un swap de joie où c'est parti en cacahuètes. On a beaucoup.