Serge Zaka : Comment adapter l'agriculture au climat 2050 ?

Face à l’accélération du dérèglement climatique, notre sécurité alimentaire repose sur une nouvelle science : l’agroclimatologie. Serge Zaka propose de transformer radicalement nos paysages et nos méthodes de culture pour passer d'une gestion de crise subie à une anticipation stratégique. En repensant la place de l'eau, des arbres et du choix des variétés, voici comment maintenir notre indépendance agricole d'ici 2050.

L'enfant de la météo devenu sentinelle du monde agricole

Rien ne prédestinait Serge Zaka à devenir l'une des voix les plus écoutées du monde paysan, si ce n'est une fascination précoce pour le ciel. Dès 9 ans, il notait scrupuleusement les relevés météo toutes les demi-heures, jour et nuit, avant de se passionner pour la traque des orages. Aujourd'hui docteur en agroclimatologie et fils d'agriculteur, il utilise cette sensibilité pour faire le pont entre la donnée scientifique et la réalité du terrain.

Sa légitimité a éclaté au grand jour en avril 2021. Grâce à ses modèles, il avait prédit une catastrophe nationale : un "faux printemps" suivi d'un gel dévastateur. Alors que les végétaux étaient en avance de deux semaines à cause d'un mois de mars trop doux, une descente d'air froid a anéanti des milliards d'euros de récoltes. Ce tweet d'alerte, devenu viral jusqu'aux oreilles du ministre de l'Agriculture, a marqué le début de son engagement pour une vulgarisation scientifique indépendante de tout lobbyisme.

Les trois piliers pour sauver nos récoltes de demain

Pour Serge Zaka, l'agriculture de 2050 ne s'improvise pas, elle se modélise dès aujourd'hui autour de trois axes de transformation profonde :

1. Redessiner la carte de nos terroirs

Le changement climatique déplace les zones de confort des plantes. L'agroclimatologie permet d'anticiper ces bascules : demain, la pistache s'épanouira à Cavaillon, l'olivier montera jusqu'à Bordeaux et le tournesol à Lille. Anticiper, c'est préparer ces nouvelles filières dès maintenant plutôt que de s'acharner sur des cultures condamnées par la chaleur ou le manque d'eau.

2. Sortir du "sol toboggan" grâce à l'hydrologie régénérative

Depuis 50 ans, l'agrandissement des parcelles et l'arrachage des haies ont transformé nos champs en toboggans à eau : la pluie s'évacue trop vite sans nourrir les nappes phréatiques. La solution ? Recréer des obstacles perpendiculaires à la pente (murets, mares ou haies) pour ralentir le cycle de l'eau et lui laisser le temps de s'infiltrer.

3. La haie comme bouclier climatique

L'arbre n'est pas un décor, c'est un outil de production. Planter des haies permet de couper les vents secs (comme la bise) qui vident les plantes de leur eau par évapotranspiration.

En perdant 1 % de surface cultivable pour une haie, un agriculteur peut regagner 10 % de rendement grâce à une meilleure gestion de l'humidité et de la chaleur sur son champ.

FAQ : Comprendre l'avenir de notre assiette face au climat

Pourquoi parle-t-on de dérèglement plutôt que de simple réchauffement ?

Le problème n'est pas seulement la hausse des températures moyennes, mais l'instabilité qu'elle provoque. Par exemple, des hivers trop doux réveillent la végétation trop tôt (bourgeons ouverts), la rendant vulnérable à des gels d'avril qui, bien que moins intenses qu'autrefois, deviennent alors mortels pour la production.

Comment l'agroclimatologie aide-t-elle concrètement les agriculteurs ?

Elle offre une "science de l'anticipation". À court terme (agrométéorologie), elle aide à décider s'il faut irriguer ou protéger les vergers dans les 4 jours. À long terme, elle permet aux décideurs de savoir si investir dans une usine de transformation de pommes ou de vignes à un endroit précis sera encore viable dans 30 ans.

L'agriculteur peut-il tout changer seul ?

Non, le verrou est politique et financier. Serge Zaka plaide pour que les agriculteurs soient rémunérés pour leurs "services écosystémiques" : entretenir les haies, stocker l'eau ou enrichir le sol ne produit pas directement de nourriture, mais protège la collectivité. C'est à la société de financer cette transition, car un agriculteur ne peut porter seul le coût d'une filière qui met 10 à 30 ans à s'installer.


Pour aller plus loin : Retrouvez toutes les clés pour comprendre ces enjeux dans le livre de Serge Zaka, "Orages sur le climat", un ouvrage à mi-chemin entre expertise scientifique et témoignages de terrain. Vous pouvez également consulter ses outils de prévision gratuits sur le site d'AgroClimat 2050 ou écouter la deuxième partie de l'interview de Serge Zaka dans Soif de Sens sur sa passion de chasseur d'orage et comment il a gagné le prix de la plus belle photo du monde.

Transcription intégrale : Serge Zaka et l'agroclimatologie pour sauver l'agriculture

Ce texte est une transcription du podcast Soif de Sens générée automatiquement par un logiciel. Des erreurs peuvent s'être glissées dans le texte. Il est notamment fréquent que la fin d'une phrase soit coupée et apparaisse au début de l'intervention suivante.

Introduction et parcours personnel de Serge Zaka

Pierre Chevelle:
Bienvenue dans soif de sens, l'émission qui t'aide à construire une vie et une société pleine de sens. Chaque semaine reçoit un humain inspirant pour t'aider à incarner le changement. Et aujourd'hui on accueille Serge Zaka, agro climatologue, scientifique engagé et auteur du livre orage sur le climat pour sauver l'agriculture tout simplement face à la crise climatique. Salut Serge.

Serge Zaka:
Salut à tous.

Pierre Chevelle:
Je te présente en 10 secondes tu es chercheur et fils d'agriculteur, docteur en agro climatologie, c'est-à-dire que tu étudies les liens entre le climat et l'agriculture. Si je caricature tu as plein d'ordi qui tournent en permanence dans vos bureaux, qui collectent et agrègent énormément de données dire ok attention dans 4 jours il y a un risque de 30 pour 100 de gel sur les pommiers à Carcassonne. Bref tu crées des cartes pour aider le monde agricole à s'adapter à la crise climatique, que eux puissent vivre dignement et que nous on puisse manger aujourd'hui et demain tout simplement. Tu fais aussi beaucoup de vulgarisation sur les réseaux sociaux et dans les médias et tu es donc l'auteur du livre orage sur le climat, un livre à mi-chemin entre la science, le terrain agricole avec beaucoup de témoignages d'agriculteurs et 2 3 coups de gueule pour secouer le cocotier. Avant de discuter en toute détente sur ton histoire et ce mot que certains découvrent et qui peut faire peur, agro climatologie, je te propose de lancer l'épisode par une série de questions mitraillettes pour se mettre dans le bain auquel tu dois essayer de répondre le plus vite possible. Ok.

Serge Zaka:
Écoute vas-y vas-y.

La passion précoce pour la météo et les orages

Pierre Chevelle:
Allez go. C'est vrai qu'à 9 ans tu notais la météo tous les jours

Serge Zaka:
Oui oui tous les jours et à 10 ans j'ai commencé à noter la météo toutes les demi-heures jours et nuits.

Pierre Chevelle:
Voilà c'est pas une passion qui sort de l'île voir clairement. C'est ça ton premier souvenir lié à la météo ou tu en as d'autres

Serge Zaka:
Alors mon premier souvenir lié à la météo, je crois qu'il faut remonter à l'âge de 5 6 ans, c'est écrit dans le livre, je ne rappelle plus exactement la date où j'observais justement le ciel avec les orages qui qui zébraient le ciel. Donc c'est c'est assez tôt. Mais mes vrais souvenirs ou ou en tant que passionné, c'est vraiment à partir de l'âge de 9 ans où où là, j'ai vraiment toute ma mémoire qui qui que j'ai encore en tête et et je où je notais en fait ces ces ces cahiers voilà.

Pierre Chevelle:
C'est trop drôle comme passion. C'est quoi ta ta météo préférée

Serge Zaka:
C'est l'orage. Là ça va être c'est c'est vite très bon dur,

Pierre Chevelle:
c'est le temps, vous allez vite comprendre suite.

Serge Zaka:
Ma météo la plus ennuyante, c'est un petit peu l'hiver que le temps un peu mou un peu de bruine un peu de vent même s'il y a des passionnés de vent et de

Pierre Chevelle:
bruine,

Serge Zaka:
moi je reste passionné d'orage. Il y en

Pierre Chevelle:
a plus l'été.

L'engagement scientifique et le rapport aux médias

Est-ce que tu serais comme un gosse si on te proposait de présenter la météo une fois

Serge Zaka:
Ah moi j'ai déjà fait. Ah ouais ouais ouais. Alors je dirais pas que je serai comme un gosse. Je trouvais ça marrant. J'ai déjà fait sur fond vert effectivement ce qu'il y avait des animations dans le cadre du centre du Forum international de la météorologie à Paris. Et il y avait justement des enfants qui rêvaient de présenter la météo. Et puis moi, à la pause de midi, quand il avait pas le public je l'ai fait aux yeux de personnes parce que il faut je crois que l'écran est dans l'autre sens en fait c'est-à-dire que quand on bouge à gauche en fait son écran bouge à droite enfin et le cerveau n'est pas adapté à ça mais je l'ai fait je l'ai fait.

Pierre Chevelle:
Est-ce quoi une espèce ou un truc qui t'émerveille énormément dans la nature

Serge Zaka:
Une espèce ou un truc qui m'émerveille énormément dans la nature, bon à part les phénomènes physiques qui sont les orages, on regarde les phénomènes biologiques moi ce qui m'émerveille particulièrement c'est les arbres j'ai pas forcément d'espèces particulières d'ailleurs j'ai planté à peu près 28 arbres dans mon jardin

Pierre Chevelle:
je ne compte

Serge Zaka:
pas ceux que j'ai planté en dehors mais vingt-huit heures dans mon jardin donc non c'est c'est le peut-être sur la question peut-être le fait que ça dure plus longtemps que moi c'est-à-dire que je plante des arbres pour les générations futures l'olivier est peut-être si tu veux un nom il y a des oliviers qui sont qui datent de l'époque de Jésus-Christ en France et donc là c'est peut-être ça qui nous mérite cette longévité, cette cette nouveauté que les arbres.

L'impact de la haine en ligne et des climatosceptiques

Pierre Chevelle:
Ouais, tu as un bon gros club de de haters, tu penses que la majorité c'est des robots ou c'est vraiment des climato-sceptiques.

Serge Zaka:
Non, non, non, non. Alors, il y a des robots dans le lot, ça se voit assez rapidement. Les robots suivant leurs pseudos, leurs comptes, mais cela, je les bloque. Il y a énormément de climatosceptiques qui me traitent de tous les noms, qui m'insultent, qui ont parfois des propos qui sont hors la loi. L'incitation à la mort, l'incitation au suicide, la volonté de mettre fin à mes jours, et caetera, et caetera, et caetera. Des propos qui sont parfois en dehors de la loi. Mais oui, j'en ai une bonne centaine. Il faut savoir que par jour, pour donner quelques chiffres quand même, quand il y a des canicules, je reçois parfois plusieurs centaines de messages d'intimidation de mort par jour.

Serge Zaka:
J'ai vu ta tête ça paraît étonnant mais c'est comme ça.

Pierre Chevelle:
Non ça me enfin moi malheureusement ça m'étonne pas c'est plus le enfin c'est désolant quoi. Oui. Est-ce qu'il y a un truc sur lequel les médias sont toujours à côté de la plaque te concernant

Serge Zaka:
Peut-être le fait que j'ai un chapeau. J'ai J'avais répondu à la question d'ailleurs, je n'y répondrai pas parce que enfin si dans le livre, j'y réponds, mais c'est un petit peu une version romancée de l'histoire, mais où mon look, je ne sais pas. En fait

Pierre Chevelle:
pour ceux qui t'écoutent en podcast, tu as toujours un chapeau, un peu de cow-boy et un débardeur qui fait un peu. Exactement Indiana Jones.

Serge Zaka:
Ce look, en fait, je ne l'ai pas inventé pour la télévision. Je l'avais déjà avant de passer à la télévision dans les podcasts. C'est juste que j'ai envie de venir comme je suis quoi. Je ne suis pas là pour faire un défilé de mode je le dis régulièrement donc peut-être qu'ils tombent, ils ne comprennent pas trop parfois certains médias mais de plus en plus maintenant ils m'invitent et ils ne me posent plus aucune question à ce sujet donc ça commence à être intégré. Ouais en plus c'est pour des raisons très percevoir on vous invite à lire le bouquin pour avoir la réponse à la question.

Le gel d'avril 2021 : une catastrophe agricole révélatrice

Pierre Chevelle:
Exactement. Ok. Pour commencer touche ton livre sur un événement d'avril deux-mille-vingt-et-un où grâce à des modèles climatiques, tu vois bien qu'il y a une catastrophe climatique qui qui se prépare et pourtant personne n'en parle et donc s'ils ne sont pas au courant les agriculteurs ils risquent de perdre une énorme partie de leurs récoltes, tu peux nous raconter.

Serge Zaka:
Bien sûr bien sûr alors ce n'était pas un élément climatique, c'était un événement météorologique puisque la météo c'est le court terme, le climat c'est long terme Donc là, on va parler d'un événement météorologique qui impacte les agriculteurs, donc à court terme. En avril 2021, on a eu un mois de mars extrêmement doux, voire chaud. On a relevé parfois plus de 30 degrés dans le sud ouest de la France, donc c'est bien en mars, je ne me trompe pas de date. Et ce qui s'est passé, c'est qu'après en avril, en avril, on a eu une descente d'air froid. Alors il est courant d'avoir des descentes d'air froid en avril. Pour cette descente d'air froid, elle était particulièrement musclée puisqu'on a battu les records de froid, moins que les records de chaleur qu'on a battus en mars cependant. Et donc les végétaux qui étaient très en avance. On avait parfois des arbres qui étaient en fleurs 2 à 3 semaines en avance et ce qui faisait que lorsque cette terre froid est arrivée, les végétaux étaient très sensibles.

Serge Zaka:
Quand un bourgeon s'ouvre, il devient très sensible au froid. Un bourgeon fermé, c'est moins 20 degrés, moins vingt-cinq, parfois moins 30 de résistance. Un bourgeon à demi ouvert, on est à moins 10, moins 12. Par contre, un bourgeon ouvert, on est à moins 2,

Pierre Chevelle:
moins 3, voire moins un degré de résistance que lorsque la fleur est sortie. Donc, l'objectif

Serge Zaka:
de que lorsque la fleur est sortie. Donc l'objectif de mon travail ce n'était pas juste de dire bon il y a de l'air froid qui arrive comme ferait un météorologue, l'agrométologue le relie à l'état des végétaux, l'état des végétaux étant très sensible j'ai lancé une alerte nationale d'ailleurs sur les réseaux sociaux en disant bon il y aura une catastrophe nationale puisque nos végétaux sont très en avance et qu'il y a une descente d'air froid qui arrive et ça n'a pas loupé ce fut la plus grosse catastrophe ou l'une des plus grosses catastrophes agricoles nationales depuis mille-neuf-cent-quarante-cinq en tout cas c'est la plus grosse du vingt-et-unième siècle sur vingt-cinq ans.

Pierre Chevelle:
Mais je crois que toi à l'époque de paires de

Serge Zaka:
rendement je tiens à préciser.

Pierre Chevelle:
1000000000 de paires de rendement.

Serge Zaka:
8000000000.

Pierre Chevelle:
Je crois qu'à l'époque toi tu es pas à ce point-là sur les réseaux en tout cas reconnu que c'était vraiment un peu une bouteille à la merde que tu lançais sur Twitter et que en fait ça c'est devenu complètement viral, tu as reçu un appel du ministre de l'agriculture et là où tu dis ouais en fait il y a vraiment un fossé comment ça se fait que personne qui est là comment

Serge Zaka:
on est passé d'un tweet à au ministre de l'agriculture oui alors j'avais 10000 followers sur twitter essentiellement des passionnés d'agriculture ou d'orage qui me suivaient enfin c'est vraiment un truc de niche. Ouais il

Pierre Chevelle:
y a une grande passion de geek.

Serge Zaka:
À la sortie de ce tweet j'ai eu à peu près je crois 20000 enfin 10000 abonnés depuis quoi bon on va pas regarder le nombre d'abonnés c'est pas ça qui fait la personne mais ce qui s'est ce qui s'est passé c'est que vu vu la véracité des prévisions et surtout la catastrophe réelle sur le terrain qui a été constatée à l'arrière Mon tweet a fait le tour de France, voire même le tour du monde parce que j'ai quand même reçu des interviews de Washington Post de New York Times, je crois, enfin des trucs complètement délirants. Moi qui étais juste un scientifique un peu dans mon coin à cette période-là et du ministre de l'agriculture qui voulait savoir comment comment j'ai pu prédire avec les citoyens ces pertes de rendement. Voilà.

Dérèglement climatique et phénomène du "faux printemps"

Pierre Chevelle:
Il faut bien comprendre que tu disais à demi-mot que le changement climatique va ce n'est pas juste plus de degrés en moyenne c'est plus 10 degrés aujourd'hui et moins 8 degrés demain. Donc ce n'est pas que le réchauffement climatique, le problème c'est le dérèglement climatique d'où cette histoire de faux printemps que

Serge Zaka:
Là dans notre cas. Le réchauffement climatique, il intervient dans le fait que nos végétaux ont eu de la très forte douceur en mars. Et les scientifiques de l'INRA, notamment, ont publié pas mal d'articles scientifiques sur lesquels j'ai participé ou non, parce qu'il y a plusieurs agro climatologues en France et qui disaient le fait d'avoir de la douceur au printemps, nos végétaux seront de plus en plus en avance et donc de plus en plus sensibles au gel. Ce qui se passait avant en avril, c'est qu'on avait donc des végétaux qui étaient en bourgeons fermé au stade bourgeon fermé en avril et donc il n'avait pas aucun dégât. Il pouvait geler en avril moins 7 moins 8 moins 10. Tant que le bourgeon était fermé, il ne se passait rien. On ne parlait pas du gel en avril avant sauf fin avril, voire en mai, mais ça, c'était autre chose. Maintenant ce qu'il y a c'est que on a certains gels qui est moins intense donc au lieu qu'il fasse moins 8 il fera peut-être moins 4 parce que le climat globalement s'est réchauffé par contre nos végétaux ne sont plus bourgeons fermés ils sont en fleurs et ce qui se passe donc c'est que donc la descente d'air froid arrive sur des végétaux très sensibles et provoque plus de dégâts.

Serge Zaka:
Le changement climatique, en fait, dans cette histoire, il intervient par le fait que nos fins diverses sont plus doux, nos végétaux sont plus en avance et c'est vraiment étudié, chiffré. Je ne sors pas ça de mon chapeau, c'est le cas de le dire d'ailleurs. Bah on a gagné à peu près une semaine 10 jours sur les voir 2 semaines sur les prunus donc les abricots les les pommes les poires les les pruniers les les pêches. Donc on a gagné à peu près, ouais, donc une semaine à 2 semaines sur la plupart des arbres. D'ailleurs, on a gagné une semaine de semaine sur les arbres de végétation, on va dire de forêts, non pas des arbres agricoles. On a gagné à peu près une semaine et en Suisse il calcule en fait l'indicateur du début du printemps avec 10 indicateurs suivant des oiseaux suivant la je crois que la floraison d'une moitié est pris en compte et tout ça on a gagné à peu près 2 semaines d'avance Par contre on a toujours du gel en avril, ce gel d'avril étant moins intense et de mais par contre plus dévastateur parce que nos hôpitaux sont plus sensibles.

Pierre Chevelle:
Ouais donc ces énormes pertes voilà on disait 2000000000 d'euros. C'est un exemple parmi 1000 d'événements climatiques ou météorologiques effectivement qui peut affecter les récoltes de nos agriculteurs. Mais souvent ces drames agricoles c'est ça va être un peu abstrait lointain parce que invisibilisé dans les médias, mais en fait tu as quand même des gens qui voient des années de travail anéantie en 30 minutes. Je peux nous en dire plus sur voilà les orages en fait c'est pas juste un détail météo où le gel c'est des drames humains. Ce type d'événement, quelles conséquences concrètes ça a sur les récoltes et les vies des agriculteurs et que toi il y a un témoignage d'agriculteurs qui t'a particulièrement marqué

Serge Zaka:
Oui, alors il y a des témoignages agriculteurs qui m'ont particulièrement affecté, c'est notamment après le gel d'avril deux-mille-vingt-et-un. Je veux dire là là là toute la profession fruits et vignes de France était à terre. Mais à terre c'est genre il pleurait quoi et donc oui ça m'a particulièrement marqué de voir ces impacts là et surtout cette non-avant-garde on va dire cette non préparation c'est-à-dire que les résultats scientifiques à ce sujet qui les démontrait bien depuis 20 ans n'étaient pas pris en compte et qu'il y avait une incompréhension du du du milieu agricole. Donc qu'est-ce que ça provoque On reprend 2021, donc là, on a eu 2000000000 de pertes de rendement sur le gel. On reprend 2020 et 2, on a eu jusqu'à plus de moins 50 pour 100 dans le sud de la France sur le maïs par exemple. Ceci dit, ce n'est pas l'événement climatique en soi qui va tuer nos agriculteurs. Un seul événement climatique pré isolé comme 977900 cinquante-six ne va pas détruire l'agriculture française. Ce qu'on observe, c'est que tous les ans, tous les ans, on a soit un excès, soit un déficit, soit une forte chaleur, soit une canicule.

Serge Zaka:
Il y a tous les ans quelque chose qui fait que produire en France devient de moins en moins serein. Alors on n'est pas encore sur les genoux, il y a quand même des professions qui s'en sortent mieux, mais si je prends les maraîchers, eux les maraîchers, ils se font taper de tous les côtés, les déficits d'eau, les canicules, les excès d'eau, tout ça, ça provoque soit des maladies, soit des problèmes de croissance, soit des problèmes de rendement.

Pierre Chevelle:
C'est vraiment il y a 0 anticipation quoi. Parce qu'il y a 0 anticipation.

Serge Zaka:
Oui alors pas des agriculteurs mais c'est qu'il y a 0 préparation. Les agriculteurs ils se débrouillent comme ils peuvent. C'est-à-dire que s'ils ont accès à l'eau ils peuvent mettre de l'irrigation ils essayent pour la plupart de réduire aussi l'empreinte sur leur sol pour pour réduire pour mieux stocker l'eau dans le sol donc c'est-à-dire moins de labour, plus de couverts végétale. Ils essayent de modifier les choses. Certains, je dis bien certains, replantent des haies pour limiter le vent, les vacos transpiration. Ce n'est pas le cas de tous malheureusement, d'autres se tournent vers d'autres nouvelles cultures. La clémentine dans le Languedoc-Roussillon la pistache du côté de Cavaillon, milieu du côté de Bordeaux des choses qui sont plus résistants aux fortes chaleurs et ou aux sécheresses par contre ce n'est pas une question de non anticipation du milieu agricole si on donnait suffisamment de moyens en milieu agricole financier, il pourrait anticiper beaucoup de choses. Pour moi je

Pierre Chevelle:
suis un organe politique qui fasse le pont entre la science et les agriculteurs.

Serge Zaka:
C'est ça c'est qu'il y a une non anticipation surtout politique. Ce n'est pas aux agriculteurs de développer de nouvelles filières sur un territoire. Donc une nouvelle filière, c'est quand on a un nouveau produit agricole, c'est la consommation, la vente, la transformation, le stockage. C'est vraiment tout jusqu'aux consommateurs. Ce n'est pas eux qui peuvent gérer ça. Ce sont des 1000000000 d'euros par filière, c'est pas eux et ça c'est et en général pour mettre une filière en place, il faut beaucoup de communication, de marketing, ça met une dizaine d'années, parfois 30 ans. C'est pas eux à le faire. Les agriculteurs c'est des techniciens du vivant et du sol par contre ils ne peuvent pas gérer l'ensemble de la chaîne alimentaire.

Serge Zaka:
Donc il manque un maillon politique fort dans tout ça qu'il soit français, qu'il soit européen, qu'il soit d'ailleurs financier au final il manque des moyens de projection climatique à

Pierre Chevelle:
long terme

Serge Zaka:
et de projection agricole à long terme. Quelle sera la France en 2050 Pour l'instant on a vite on a vite vraiment à vue c'est à dire qu'on a une politique ce qu'on appelle une politique du pansement dès qu'il y a un événement de gel un événement canicule on a des on renfloue un petit peu les les entreprises agricoles pour pas pour éviter certaines faillites Mais on va chercher à résoudre le problème à l'origine à la source. On a des enveloppes de plus en plus importantes de perte de rendement, mais par contre, on ne t'adapte pas 2050. On ne

Pierre Chevelle:
fait rien

Serge Zaka:
pour l'expliquer. C'est un problème politique même de compréhension politique pour moi.

L'agroclimatologie : science de l'anticipation et solutions de terrain

Pierre Chevelle:
Justement l'agro climatologie c'est un des moyens de faire face aux risques climatiques. Alors c'est quoi l'agro climatologie Est-ce que c'est de la météo mais un peu plus long terme c'est estimé que dans 30 ans l'olivier pourra s'implanter jusqu'à Lyon et l'abricotière à Tours et donc anticiper en fait et réfléchir dès aujourd'hui à l'agriculture de demain, c'est à ça que ça sert l'agro climatologie Alors l'agro climatologie c'est

Serge Zaka:
c'est je vais commencer par l'agro-météorologie.

Pierre Chevelle:
Parce que

Serge Zaka:
la gros météorologie, c'est le court terme. En gros, une culture est en place, est-ce qu'il y a une sécheresse, une canicule, un gel qui pourrait la détruire dans les prochains jours La météo, c'est les prévisions météo qu'on voit sur mon téléphone, c'est le court terme. C'est en gros qu'est-ce qu'on doit mettre en place sur le territoire pour éviter les pertes de rendement des cultures qui sont en cours Et donc la gros climatologie pour répondre à ta question, c'est différent. C'est différent, c'est les mêmes les mêmes principes, mais ce n'est pas les mêmes conclusions.

Les trois piliers de l'adaptation : espèces, méthodes et paysages

L'agro météo est tournée vers l'agriculteur. L'agro climato est tourné vers l'agriculteur et les décideurs politiques. C'est-à-dire est-ce qu'on pourra planter des pommiers dans le sud de la France en 2050 Est-ce qu'on aura encore du maïs en 2000 soixante-dix autour de Toulouse Est-ce qu'il y aura des entreprises de production d'huile à cognac d'huile d'olive en 2050 Est-ce qu'on doit développer des entreprises viticoles en Normandie, en Angleterre et en Belgique d'ici 2050 Et est-ce que la pistache peut s'implanter et pistache qui est une culture plutôt désertique ou semi désertique, elle pourra s'implanter à Cavaillon d'ici 2040. Est-ce qu'il faut préparer des aoc, des IGP, pistage de France, Clémentine du Languedoc, huile d'olive de Toulouse et de Bordeaux.

Serge Zaka:
Est-ce qu'il faut avoir planté du tournesol à Lille le tournesol en général il n'est pas aussi haut en latitude spoiler tout ce que j'ai dit ce sont des choses vraies ce sont des choses en fait qu'on étudie c'est-à-dire de préparer l'aire de répartition des cultures. Donc premier point aire de répartition des cultures. Deuxième point, c'est la façon de cultiver. Est-ce que notre labour, est-ce que les produits phytosanitaires qu'on utilise, est-ce que les variétés, les génétiques qu'on utilise sur le territoire sont adaptés à deux-mille-cinquante. C'est-à-dire est-ce qu'il faut un système agricole qui évolue en profondeur, moins de labour, donc c'est le fait de retourner le sol entre 2 cultures pour installer une culture, plus de couverts végétal. Le couvert végétal, ce sont des végétaux qui poussent, qui ne vont pas forcément être consommés par l'homme, mais qui se retrouvent entre la récolte d'une culture A et le semis d'une culture B. Ça évite que notre sol se retrouve exposé au vent, au soleil et aux excès de précipitations Donc perdre un petit peu de sa vitalité. Donc, c'est une couverture végétale.

Serge Zaka:
Ça couvre comme une couverture aussi pour protéger le sol, donc de la couverture végétale. Donc vraiment, ce deuxième point, c'est la façon de cultiver. Troisième point, c'est les paysages. Est-ce que le fait d'avoir un paysage comme celui de la Beauce ou celui de la Champagne crayeuse où il n'y a pas de d'arbres ou il n'y a pas de structures qui permettent de couper le vent, on est vraiment en open fil, c'est-à-dire des champs qui sont à perte de vue sans réel on va dire structuration de paysages. Ce qu'on a fait depuis 50 ans c'est qu'on a simplifié nos paysages on a agrandi les parcelles alors pour des raisons économiques généralement Maintenant, il faudrait peut-être un petit peu revenir dessus sans non plus revenir à l'état d'il y a soixante-dix ans, bien sûr, mais c'est-à-dire de placer des haies dans l'essence perpendiculaire dominant au vent. Par exemple, dans la Beauce, passer des haies du côté nord-est des parcelles pour éviter le vent de nord-est qui est le vent le plus sec.

Pierre Chevelle:
Pour qu'il a bien moins les récoltes tu veux dire. Comment Pour qu'il a bien moins les récoltes

Serge Zaka:
Oui c'est ça, c'est pour qu'il fasse moins d'évaporation et de transpiration. Ce vent s'appelle la bise d'ailleurs pour ceux qui connaissent les noms des vents. Et donc voilà le but c'est de modifier les paysages et il y a toutes des dérivés de connaissances sur l'hydrologie régénérative, vous regarderez sur internet qui permettent en fait de modeler les paysages en fonction de l'évolution climatique pour mieux protéger les cultures. L'arbre, par exemple, est un très bel exemple, l'agroforesterie, à condition d'en développer la connaissance derrière parce qu'on a encore beaucoup de lacunes sur ce sujet avant de le mettre avant de le mettre sur un territoire. Voilà donc il y a si je résume aire de répartition des cultures, c'est ce qu'on appelle la biogéographie. Deuxième point, la façon de cultiver. Troisième point, la structuration du paysage. Et après il découle d'autres choses quatrième point cinquième point sixième point comme par exemple pour le quatrième point de la génétique quelle génétique est plus adaptée au territoire, mais ça c'est plus de l'ordre de la génétique que de l'agro climatologie mais ça en découle de ces connaissances-là.

Serge Zaka:
Voilà donc c'est assez vaste en fait l'agro climatologie et ça répond à plein plein de questions sur l'avenir et qui sont hyper concrètes. Même même pour une personne lambda, qu'est-ce qu'on mange sur un territoire, qu'est-ce qu'on cultivera C'est hyper concret en fait dans le quotidien de tout le monde.

Pierre Chevelle:
Ok, trop intéressant. Donc effectivement ça s'appuie sur l'étude des grandes tendances sur un territoire, ce que tu as dit les saisons, les vents dominants, la quantité de pluie et caetera pour je ne sais pas comment dire, pour le gérer au mieux tout simplement face

Serge Zaka:
Pour anticiper en fait.

Pierre Chevelle:
Ouais c'est ça pour anticiper. En fait

Serge Zaka:
c'est un mot anticiper. Ouais. Voilà c'est c'est c'est la conclusion de j'imagine de Zoug l'histoire, la c'est la science de l'anticipation climatique quoi.

Pierre Chevelle:
Du coup j'ai l'impression que ce cet épisode d'avril 2021 ça a sûrement pris plusieurs étapes mais c'est un peu un point de bascule où tu réalises à quel point en fait on est à la ramasse entre le il y a un fossé entre la connaissance scientifique qui est produit et tous ceux qui pourraient en bénéficier, soit les agriculteurs ou les politiques ou même juste le grand public indirectement qui mangent les produits agricoles.

La création de AgroClimat 2050 pour une expertise indépendante

C'est un peu le début de ton engagement pour la vulgarisation aussi la création d'agro climat deux-mille-cinquante qui vise à contribuer à garder notre indépendance agricole d'ici deux-mille-cinquante. C'est quoi exactement cette boîte agro climat deux-mille-cinquante Alors agro climat deux-mille-cinquante,

Serge Zaka:
c'est une entreprise qui, pourquoi j'ai créé Agro Climat 2050 C'est que moi je veux de l'indépendance. Je ne veux pas être salarié d'une entreprise et qu'on me dise il ne faut surtout pas que tu dises cette vérité à un politique. Il ne faut surtout pas que tu dises ça à la télévision. Je n'ai pas envie d'être bridé. Et dans le milieu agricole, on a aussi beaucoup de lobbyisme sur l'irrigation, sur les pesticides. Je n'ai pas envie qu'aucun de mes financements fasse partie de lobbyisme.

Pierre Chevelle:
Et vous faites quoi du coup à l'euro climat deux-mille-cinquante Tout

Serge Zaka:
ce que tu as dit là Alors, pour ceux qui ont la vidéo, pas que le son, on voit quelques PC derrière moi. J'en ai 16 dans mon local et donc c'est une reprise de modélisation, c'est-à-dire qu'on agrège des données climatiques, qu'on les confronte aux données agronomiques et on propose grâce à des modèles la connaissance biologique en fait. C'est pas des modèles sortis de mon chapeau, c'est vraiment de la connaissance biologique. Le nombre de jours de fortes chaleurs qui peuvent dégrader une pomme, l'indice de sécheresse minimale que peut supporter une poire, un poirier pardon, la température à partir de laquelle la fleur du kaki va geler, la température à partir de laquelle même en hiver un agrume va mourir dans tout ça, toutes ces connaissances-là qui sont étudiées par plein de scientifiques dans le monde, ça permet au final de récupérer des équations et ces équations, on les agrège dans un modèle pour pouvoir prévoir l'aire de répartition d'une culture, le rendement d'un blé, d'un maïs en 2070 suivant différents types de sols ou différents types de pratiques agricoles pour tirer du coup les meilleures combinaisons. C'est c'est c'est voilà, c'est de la modélisation. Ça permet de prévoir ce qui se passera dans l'avenir grâce aux connaissances scientifiques actuelles.

L'hydrologie régénérative pour retenir l'eau dans les sols

Pierre Chevelle:
Je connais dans tout ce que tu dis il y a cette idée que comment en fait on redessine un territoire pour le rendre résilient face au dérèglement climatique et par exemple tu parles d'un autre moyen d'agir qui serait de transformer nos paysages pour qu'ils retiennent l'eau plutôt que la faire accélérer comme un toboggan. Tu peux nous expliquer en quoi le sol est devenu un toboggan justement et comment on peut y remédier.

Serge Zaka:
Oui, oui, bien sûr. Tout le monde connaît le roman de romance. On dit souvent ça, c'est-à-dire qu'on a fusionné plein de parcelles qui étaient petites. On a enlevé des haies, enlever des éléments, des murets et tous les éléments agricoles qui permettaient en fait pour permettre en fait de faire passer des machines plus grandes et d'avoir une meilleure productivité. Alors à l'époque, c'était forcément nécessaire parce qu'on avait besoin justement d'augmenter cette productivité face à l'augmentation de la population et les risques de famine après la seconde guerre mondiale. Maintenant, je pense qu'on peut revenir sur certains de ces aspects là, notamment paysagers, puisqu'en simplifiant un paysage, quand il y a moins de murs, quand il y a moins d'arbres, quand le sol est plus labouré, quand il y a moins de végétaux sur les parcelles en dehors des périodes de culture, bien on accélère le cycle de l'eau. Si je verse une carafe sur une colline, imaginons une carafe géante qu'on verse sur une colline où il n'y a rien sur la colline, elle est complètement dénudée, l'eau va s'évacuer très rapidement. Par contre, si on verse de l'eau sur une colline où il y a des arbres perpendiculaires dans le sens de la pente, où il y a des petits murets, éventuellement une route et éventuellement une retenue d'eau colinéaire ou une mare pour laisser le temps à l'eau de s'infiltrer dans les nappes phréatiques.

Serge Zaka:
En fait, toute l'eau va aller dans ces différents compartiments et être ralentie par par les forêts, par les marées et avoir plus le temps de s'infiltrer dans les sols, rester plus longtemps sur le le le le mais par contre d'étudier le paysage voilà ici je vais placer un muret parce que souvent j'ai de l'eau qui part de l'érosion de méchant je vais placer un muret pour retenir tout ça ou alors je vais placer un muret entouré d'arbustes pour aussi favoriser la biodiversité. Certes ça me fait perdre un pour 100 de la surface de ma parcelle qui ne sera plus cultivable mais en parallèle je retiens peut-être 10 pour 100 de plus d'eau donc ça va mieux pousser sur l'autre partie de mon champ. Et donc tout ça, c'est de la réflexion au quotidien sur le paysage et c'est vraiment une science qui s'ouvre, qui est nouvelle. On appelle ça l'hydrologie régénérative qui dépend de l'agro climatologie, mais qui propose des solutions de modification du paysage en fonction des pentes et en fonction des expositions de chaque terroir.

Pierre Chevelle:
Du coup je pense que vous commencez à comprendre pourquoi à mon avis tu dois avoir des centaines de sollicitations tous les jours de plein de types de parties prenantes très différentes et au-delà de l'agro climatologie.

Modèle politique et rémunération des services écosystémiques

Une autre proposition que que tu avances ce serait de rémunérer les agriculteurs pas seulement pour leur production de fruits et légumes mais aussi pour leurs services écosystémiques, est-ce que tu peux nous nous expliquer.

Serge Zaka:
Alors ça, c'est ça, ça dépend, c'est cette idée partagée dans le milieu agricole ou pas par les écolos ou pas aussi. Alors il faut savoir qu'un agriculteur n'est pas juste là pour produire un danger. En réalité, le métier d'un agriculteur, il a plein de facettes. Il peut être mécanicien pour ces différentes machines ou la machine à traite ou le tracteur. Il peut être parfois électricien aussi suivant suivant ses connaissances bien sûr, mais surtout, il peut travailler les paysages. Il peut modifier, entretenir certaines parcelles, certaines haies, certaines entretiens aussi de fossés, certains dans certains villages on peut entretenir aussi différents aspects du village. L'agriculteur, son métier a beaucoup évolué. Il n'est plus juste là pour juste produire et vendre et pour pouvoir nous nourrir en réalité.

Serge Zaka:
Moi, j'aimerais que dans l'avenir, on considère les multiples facettes des agriculteurs, c'est-à-dire qu'ils soient rémunérés pour ce qu'on appelle des services écosystémiques, des services rendus aux écosystèmes. Typiquement, on a quelques éléments balbutiants dans la PAC maintenant sur les haies. On a des aides financières qui sont apportées aux agriculteurs pour qu'ils replantent des haies. C'est typiquement un bel exemple de financer en fait la plantation des haies, leur entretien puisqu'une haie, c'est très coûteux en réalité en termes d'entretien, en termes de plantations. Et ce travail que l'agriculteur fournit, ce n'est pas, il ne produit pas à manger, il protège ce qu'il produit à manger, il façonne les paysages, il remet de la biodiversité dans les territoires. Et donc, pour moi, ça doit être, ça doit faire partie des choses qu'on finance alors qu'on finance soit par des enveloppes publiques ou soit par le biais de l'alimentation. C'est-à-dire qu'en achetant chez un agriculteur qui a planté des haies, qui fait attention au bien-être animal, qui a travaillé sur une génétique différente, une façon de mieux considérer son sol dans ses rotations, des rotations plus longues, des légumineuses, légumineuses, c'est tout ce qui est pois, pois chiches, haricots dans ces rotasions et ça fertilise le sol naturellement, les légumineuses. Donc ça évite d'utiliser des engrais de synthèse.

Serge Zaka:
Donc, toutes ces petites réflexions qu'il met en place sur le territoire ont des effets sur la qualité de l'eau, sur le vent, sur la beauté aussi des paysages. Et pour moi, c'est des choses qui doivent être rémunérées pour inciter les agriculteurs justement à aller dans cette direction.

Pierre Chevelle:
Carrément. Pourquoi ça tient à coeur toi de faire tout ça

Serge Zaka:
Pourquoi ça me tient à coeur Parce que quand vous voyez en 2021, en 2020 et 2 des agriculteurs pleurer puisqu'ils n'ont pas pu sauver leurs récoltes ou qu'ils n'étaient pas au courant qu'il fallait aller dans ce sens là pour s'adapter ou voilà qui sont de plus en plus impactés par les éléments climatiques et que d'un côté vous avez un scientifique qui a des connaissances pour pouvoir les aider, mais c'est ça que je veux faire, c'est que je ne veux pas voir des agriculteurs impactés par les éléments climatiques et moi garder mes connaissances de mon côté et ne pas les partager. Ce serait un peu égoïste de ma part et donc c'est une certaine forme d'humanisme aussi alors je fais du mieux, je ne connais pas tout. Je fais du mieux pour m'adapter au milieu agricole avec ses défauts ses qualités mais voilà je vais être un scientifique qui veut pas juste être dans son laboratoire je vais être juste un scientifique qui qui va sur le terrain. Enfin, c'est-à-dire que dans les résultats scientifiques sont utiles pour pour le terrain, pas juste pas juste lu par d'autres scientifiques dans des articles scientifiques et que ça n'impacte aucun aucune décision politique. Voilà voilà pourquoi je le fais c'est pour avoir plus d'impact sur le terrain.

Pierre Chevelle:
Et par exemple oui je crois que les cartes sur agro climat elles sont accessibles à tous.

Outils d'aide à la décision pour agriculteurs et jardiniers

Serge Zaka:
Alors il y a d'ailleurs agrometeorologie.fr ou qui est ouvert, libre, gratuit, où on peut se connecter dans la même façon de se connecter en faisant même pas besoin d'avoir de compte. On a juste à aller sur le site et il y a jusqu'à 10 jours de prévision pour les stress thermiques pour les vaches laitières avec on sélectionne son espèce donc vaches laitières, chèvres ou moutons, et caetera et on sélectionne la race, donc la Primostine, la Montgéliarde ou la charolaise voilà d'autres aspects, d'autres d'autres races de vaches. Et puis on a les stress thermiques suivant cette race prévue dans les prochains jours. On peut prendre si on a un potager parce qu'il n'y a pas que des agriculteurs qui vont écouter le podcast, on peut prendre le potager. C'est par exemple de regarder si on a un abricottier en fleurs, font bien de pourcentage et risque de perdre dans les prochains jours à cause du gel ou si la vitesse de croissance de la tomate de la patate douce de l'aubergine est importante dans les prochains jours s'il y a un stress hydrique donc un manque d'eau sur les différentes plantes et s'il faut irriguer enfin en gros c'est c'est un site qui permet de de prendre les meilleures décisions mais même pour les les potagers pas forcément que pour les agriculteurs ça concerne tout le monde c'est prendre les meilleures décisions pour avoir les plus belles tomates à la sortie de l'été, mais en tout cas pour éviter qu'on ne se retrouve avec un plant de tomates desséché et mort en plein soleil quoi. Donc est-ce qu'il faut mettre de l'ombrage au dessus de ces tomates là parce qu'en général en canicule, on a l'ombrage. Est-ce qu'il faut pailler C'est pour prendre les meilleures décisions en fonction des prévisions météo à venir. Donc je ne suis pas là pour, comme on dirait, vendre des services et devenir extrêmement riches.

Serge Zaka:
Certains me le reprochent. Non, moi, je suis là pour partager mes connaissances et parfois de façon gratuite sur Internet. Ce qui étonne certaines entreprises sur la faculté à mon entreprise de faire des bénéfices. Mais moi contrairement aux autres, je ne suis pas là pour me faire les bénéfices records. Je suis là pour avoir un minimum de salaire pour vivre et derrière surtout aider les agriculteurs.

Impact concret et partage des connaissances avec la société civile

Pierre Chevelle:
Est-ce que tu aurais des anecdotes à nous raconter sur l'impact que ton travail a pu avoir

Serge Zaka:
Ouais, j'en ai plein, j'en ai plein. Là, j'ai commencé à faire des conférences il y a 5 ans et au début, j'avais l'impression un petit peu de parler qu'on m'écoutait. C'était intéressant, mais je me demandais si c'était utile. C'est-à-dire est-ce qu'un agriculteur va changer ses pratiques Est-ce qu'il va m'écouter Est-ce qu'un politique va prendre des décisions en fonction des miennes Au début, je me posais des questions et maintenant je ne me pose plus de questions puisqu'il y a des conférences que j'ai fait il y a 5 ans où je reçois des mails d'agriculteurs qui étaient présents il y a 5 ans et qui me disent je me suis lancé dans telle nouvelle culture que j'avais vu dans ta conférence, dans la cartographie. Ça marche hyper bien, je suis trop content. On a un groupement d'agriculteurs qui commence à réfléchir sur le sujet. Ou alors ça a confirmé le fait que j'avais l'impression qu'il fallait faire de la patate douce parce qu'elle s'en sortait mieux. Maintenant, j'ai augmenté ma surface générale douce en sud ouest de la France.

Serge Zaka:
Ou alors j'ai commencé à me poser la question sur l'abricotier du côté de la plaine de Dijon en plein milieu des céréales de planter des arbres, c'est bien. Du coup, maintenant, ils y réfléchissent dans certaines coopératives. J'ai repris aussi le dossier que je trouvais très intéressant sur la pistache à Cavaillon. Ça, ce n'est pas de mon ressort, mais ils avaient commencé sur le territoire à travailler dessus et un jour, ils m'ont contacté. Ils m'ont dit, on travaille là dessus et j'ai dit, oui, c'est super cool. Donc j'ai, j'en ai parlé à presque tous les médias. Maintenant, la pistache, ça devient de plus en plus connu du côté de Cavaillon et ils travaillent aussi de leur côté bien sûr pour le rendre le faire connaître le cas de Cavaillon. Là du côté de à côté de chez moi du côté de Nîmes Montpellier on a des clémentines qui s'installent alors que ça fait des années que je parle de Clémentine D'autres agriculteurs qui ont décidé ou même des personnes qui ont des potagers, qui ont décidé de mettre un voile d'ombrage sur leur culture, de mettre du paillage pour mieux s'en sortir et que du coup, ils ont un petit peu moins souffert des stress hydriques ou de la sécheresse.

Serge Zaka:
Bien, mais je suis content. Voilà, en fait, c'est là où mon objectif est atteint, même si j'aimerais que les choses changent plus rapidement. Ce n'est pas, je ne peux pas le faire tout seul, mais je suis content juste qu'une centaine de personnes depuis un an ou 2 avec un décalage, donc parce que j'ai commencé il y a 5 ans, donc avec un décalage de 2 ou 3 ans au début, je n'en fais aucun mail. Maintenant, je commence à recevoir des centaines de mails de retour de personnes qui sont ravies de m'avoir rencontré, qui ont lu mon livre aussi, qui ont commencé à entamer des changements, qui ont, qui ont lu ma BD parce que j'ai aussi fait une BD sur l'agro climatologie et qui et qui travaillent du coup sur voilà, qui m'écoutent et qui font, qui sont certes à tâtons sur le terrain, mais qui commencent à modifier les choses sur le terrain. Ça c'est cool d'avoir un retour enfin je le dis devant tout le monde mais moi je suis hyper content.

Pierre Chevelle:
Oui c'est génial.

Serge Zaka:
J'ai un retour sur investissement, ça compense un mail de remerciement, ça compense 1000 insultes voilà.

Pierre Chevelle:
Franchement si vous avez l'occasion de lire le livre n'hésitez pas à laisser un avis sur les sites en ligne ça l'aidera vachement parce qu'il n'ose pas trop demander

Serge Zaka:
à sa communauté. Oui mais merci de de se demander oui c'est vrai que je n'ai pas beaucoup de commentaires parce que il n'y a pas mal de ventes mais il n'y a pas beaucoup de commentaires parce que la plupart personnes qui me suivent sont des personnes qui ne vont pas acheter sur Amazon.

Pierre Chevelle:
Or, il

Serge Zaka:
y a une grosse partie de la population globale qui achète sur Amazon malheureusement et et qui n'a pas forcément accès au retour positif du livre. Donc n'hésitez pas à commenter sur Amazon, même si vous l'achetez en librairie, parce qu'il faut que je touche aussi des publics qui se sentent loin de ces problématiques agricoles. Il ne faut pas que ça soit du public qui soit concerné par soit de l'écologie ou l'agro climatologie ou l'agriculture. Il faut toucher plus de monde de la société civile.

Pierre Chevelle:
Merci Serge de nous avoir fait découvrir l'agro climatologie. Avec plaisir. Ton livre orage sur le climat est dispo partout en librairie ainsi qu'effectivement ta BD docteur Zarge pardon docteur Zarge et l'agro climatologie et si tu as kiffé cet épisode avec Serge, ça tombe bien puisqu'on fait un deuxième épisode qui sort la semaine prochaine sur sa passion secrète, pas si secrète d'ailleurs, les chasseurs d'orages, une passion atypique qui reconnecte à l'instant présent et à la nature avec quelqu'un qui a même décroché le titre de la plus belle photo du monde. Voilà, on verra ça la semaine prochaine. Ciao, ciao ciao tout le monde. À dimanche prochain. Merci.